Le plus beau Noël… 1961

<Enregistré le 13 Septembre 2016>

Mon père jouait de l’accordéon, et quand je l’entendais jouer, j’entendais son âme…

Je ne sais pas à quel moment il jouait, mais surtout quand il s’est retrouvé seul chez lui… mais c’était bien plus tard.

Dans le restaurant il n’a pas beaucoup joué, il n’avait pas trop le temps… Je l’ai entendu une fois… quand il avait essayé de rejouer, comme toi la flute… C’était le soir de Noël…

C’était mon plus beau soir de Noël.
C’était le seul soir de Noël… car il y en a eu UN, un seul…!

Un où il a essayé de rejouer de l’accordéon et qu’il était au comble du bonheur… Il arrivait à remettre quelques notes, et il était tout content…

Je m’en souviendrai toujours, il était éblouissant parce qu’il arrivait à remettre ces quelques notes…

J’avais 4 ans… C’était juste avant mes 4 ans, donc c’était Noël 1961.

On prenait le sapin de Noël et on le mettait dans la salle à manger… C’était le sapin qui avait été posé sur le comptoir des bières, alors c’était pas un grand sapin, tu peux imaginer…

Puis on le mettait sur une table tout au fond de la salle à manger, et c’est là qu’on faisait notre Noël…

Ce soir là, ça avait été un soir très vivant, rempli d’Amour.
Je crois bien que mes parents avaient fait quelques pas de danse ensemble… Il y avait eu quelque chose de très chaleureux où j’avais senti quelque chose rempli d’Amour, oui, j’ai pu ressentir ce que c’était l’Amour…

Et ce soir là, j’avais reçu mon nounours… Qu »est ce que j’aurais aimé pouvoir le conserver…(Tristesse)

Ça avait été un Noël exceptionnel… Faudrait que j’en parle à mon frère et à ma sœur pour savoir si eux, ils se souviennent de ce Noël…

Mais c’est le seul beau Noël que je me suis souvenue.

Après ça c’était fini… Après ça, il y a eu le décès de ma Grand-Maman fin 62, donc c’était fichu… Après c’était terminé, tellement dramatique, que le soir mon père allait dormir, et ma mère m’envoyait lui dire bonne nuit…

Lui, il était en dépression, et il pleurait les soirs de Noël… .Alors on allait fêter le Noël au jeu de quille, en bas… Enfin « Cata »… et après tous les Noëls, c’était de la Cata…

Finalement ce n’était que la moitié de la cata, parce que je l’ai même préféré au Noël qui s’est très, très mal fini… Ce Noël là, on est même allé chercher le policier du village pendant la nuit, avec mon frère et ma sœur.

On était en pyjama, tellement ça se passait mal !

Parce qu’ils se bagarraient… alors finalement le Noël d’après , le Policier a dit :

– Bon… Vous n’allez pas me déranger le soir de Noël… Venez le fêter chez nous…!

Et là, C’était pire que tout…(Rire triste) C’était le pire des Noëls…

  • Un Noël de Mort.

La Matière… des cadeaux où quand il n’y en a plus, y en a encore…
Des lumières trop fortes, ça gueule… Trop fort. Tout était trop fort !
Et plus attirés par la valeur marchande de ces cadeaux que sur la valeur sentimentale.

Nous, qui étions habitués à ne rien avoir, c’était un choc.
Un choc violent…

Alors si avant il y avait le chagrin et la tristesse, là c’était la mort…

Et mon frère, plus tard, il s’est marié avec la mort… La fille du policier… Bravo… Il en tenait une sacrée couche, mon frère !

Chez eux, il avait cru qu’il aurait le droit d’avoir… Il y a cru !

Et moi plus tard quand je me suis mariée, j’ai cru que j’aurais le droit d’être… j’y ai cru aussi…

Chacun, notre manque nous a perdu…

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