<Enregistré le 14 Septembre 2016>
Maman, je l’ai toujours sentie en désarroi, depuis toute petite.
Quand j’apprends par téléphone que ma Grand-Maman est décédée, je sens tellement son profond désarroi…
Quelques jours avant… Je vais à la cuisine, il y avait justement ma Grand-Maman qui était là avec mon oncle. Je me souviens toujours, elle était avec son chapeau, et ils sont là, tous ensemble dans la cuisine…
Ils parlent, et je sens qu’il y a des choses importantes qui se disent… Et voilà, on va lui faire adieu, et elle repart en voiture avec son fils, qui va l’amener à l’hôpital…
Après ça, dans la semaine qui suit… dans la cabine, où maman allait quand elle avait besoin d’appeler une sommelière pour le restaurant… le téléphone sonnait…
C’était les seuls moments où j’avais le droit d’aller sur ses genoux… On n’osait pas faire ça devant la clientèle… C’était défendu. C’était comme ça, on ne voulait pas… Même si je le faisais de temps en temps et qu’on me reprenait…
Et là, il y avait le téléphone qui sonnait et je la vois partir à la cabine téléphonique… Hop, je monte vite avec elle dans la cabine… je suis petite, je n’avais pas quatre ans… Je monte sur ses genoux…
Et c’est là qu’elle apprend le décès de sa mère…
Ça fait quelque chose pour un enfant, parce que je sens son désarroi, un profond désarroi, que tu n’arrives même pas à imaginer…Tu sens le monde qui s’écroule… car t’es capteur !
Parce qu’avant 6-7 ans, l’enfant il capte… et là je sens ce fil conducteur, ça m’arrive direct dessus.
Ah… mais ma Grand-Maman, pour Maman, c’était tout…
J’ai senti son profond désarroi, et évidement qu’après, elle a dû se sentir très seule…
Tu sens qu’il y a eu quelque chose de très grave qui s’est passé, au même titre que le jour où tout le monde s’était réuni dans la cuisine…
Tu sens qu’il y avait quelque chose qui allait se passer et puis…
L’enfant il sent… par la vibration et là dans la cabine, c’était la même chose.
Après ça, elle confirme, car à Noël, donc un mois après, elle faisait une crise de foie et c’est moi qu’elle vient réveiller pour m’occuper de son ventre…
Elle confirme, il n’y a personne !
Donc je regarde le lit de ma sœur, je me dis :
– Elle, qui n’a pas le souci de tenir ses lavettes hyper-chaudes, et à ma sœur et moi, maman nous dit toujours de faire attention à l’eau chaude…?
Je n’avais jamais eu à faire avec l’eau chaude comme ça…
Tu vois ce que je suis petite !
Je vois « le père » qui dort à ses côtés… Je vois mon frère qui dort à côté… En tout cas tout le monde dort, et c’est moi qu’elle vient réveiller… et me dire :
– Ecoute prends soin de moi… J’ai mal, je vais mourir…
Parce que j’ai très très mal, c’est ce que je ressens en étant petite… Donc il n’y a personne d’autre que toi qui peux prendre soin de moi… et là elle fait le transfert !
Puisqu’en fin de compte je comprends, oh là là… ben dis donc…
Et je comprends très bien qu’elle fait son transfert, sa mère venait de décéder…
Mais je comprends aussi très bien, quelques années plus tard, quand je commence l’école, et que quand la maitresse me dit :
– Il faut faire tes devoirs…
…quand j’arrive vers maman avec ma lecture , et que je lui dis :
– Maman… il faut que je fasse la lecture… la maitresse elle m’a dit… et qu’elle me prend mon livre de lecture… et que je dis, euhh Maman, tu dors toujours… Comment on va faire ?
Qu’elle me prend mon livre, me le tape sur la tête et me dit :
– Mais si tu crois que je n’ai que ça à faire ? Et qu’elle le jette au milieu de la cuisine… Fait ce que tu veux, mais ne viens pas m’embêter, m’ennuyer avec ça… Moi, je n’en peux plus, j’ai trop sommeil…!
Donc je vais le lendemain à l’école et je me fais fesser devant tout le monde, parce que je n’ai pas fait mes devoirs.
Mais comment aller dire, en tant qu’enfant qu’on ne veut pas t’aider… qu’il n’y a personne ? Quand tu te retournes, tu demandes, tu vas chez ta sœur…:
– Ne me fais pas chier…
Tu vas là… :
– Ne me fais pas chier…
Personne ne veut savoir… Personne ne veut t’aider… Alors tu retournes à l’école et tu ne sais pas tes devoirs !
Mais jamais tu peux dire que tu es toute seule et que tu ne peux pas faire… Donc ton départ dans la vie, il est déjà foutu, hein…!?
Et oui, ton départ, il est foutu. Voilà !
Et tu comprends que tu n’intéresses pas…

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