<Enregistré le 06 Octobre 2016>
J’ai du comprendre que mon frère et ma sœur n’avaient pas été en pouponnière… et que ma première année ne s’était pas passée en famille, et surtout que ce n’était pas la normalité…
Et pourtant, c’est ce qui m’a fait ce que je suis :
- Différente.
D’un côté il y a un plus, et de l’autre il y a le côté noir, ce qui est facile pour les autres, pour moi et ma construction, ce n’était pas acquis… C’était pas gagné… et ça ne l’est toujours pas !
Tu comprends, ils mettaient les enfants là-bas pour dépanner…
Donc ils pouvaient y rester 15 jours, 3 semaines… voire un mois mais maximum 3 mois… Et au bout de 3 mois, et bien on venait te rechercher… On ne te laissait pas comme ça, là-bas, à part ceux qui étaient orphelins, ou bien… Tu vois, ça sera intéressant d’aller voir ensemble à Fribourg…
C’est comme je discutais l’autre jour avec Marianne ma copine,
Elle me dit :
– Mais euh…
Je lui ai dit à Marianne :
– On vit tous des choses… Moi aussi j’ai vécu différentes choses…
Et bien tu vois, on m’avait laissé là-bas, à Fribourg, elle qui avait habité à Fribourg dans son enfance… Elle devait connaître.
Parce qu’elle me disait toujours :
– Oui, mon deuil, oh là là… là là … Elle bouclait sans cesse dessus, en victime.
Alors je lui ai dit :
– Et bien tu vois, chez moi aussi ça n’a pas été simple…et elle me dit :
– Ah ? T’étais là-bas ?… à la nurserie de Fribourg ? Ah, ouais je vois où c’était…
Mais en fin de compte, elle connaissait comme ça, le lieu, mais aveuglée par son drame, elle était incapable de voir le monde autour d’elle… Comme beaucoup de personnes.
Bien sûr qu’elle vivait quelque chose de terrible parce qu’elle avait eu un deuil quand elle était enfant… sa petite sœur !
Et sans doute encore mal accompagnée par ses parents, ça laisse forcément des traces…
Alors à la pouponnière, chaque mois ma mère venait payer la garde, et les sœurs de l’institution la pressaient pour venir me reprendre.
Et chaque mois c’était reparti pour un tour…
Vers la fin ce n’était plus possible :
– Vous voyez bien, on ne peut plus la garder !
Elle devient trop grande, elle commence presque à marcher…
On ne peut plus la garder dans son lit !
C’était la sœur « Bernard » qui s’occupait de moi. Elle s’était attachée à moi alors ma mère est venue me chercher un jour où elle n’était pas là…
- J’avais plus d’un an !
Je ne l’ai revue qu’une fois par la suite…

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