<Enregistré le 14 Septembre 2014>
Ferdinand n’avait rien à prouver…
Ce n’était pas comme Michelangelo, qui était surmonté et la Patronne de Fribourg… Lui, il était tout simplement là, par sa présence, par ce qu’il était… Enfin, tout le monde l’aimait.
Il était content, quand ses clientes lui tournaient autour, parce que c’était au beau type… C’était un bel homme Ferdinand, hein ?
Tu l’avais vu, hein…!?
Ben il disait :
– Je ne sais pas pourquoi elles me tournent toutes autour… Elles sont bêtes ces femmes… J’ai une femme, je suis marié, je suis content ! Pourquoi est ce que j’en aurais une autre, pourquoi est ce que je tromperais ma femme ?
Elles sont malades… Elle y croit celle-là, enfin voilà… Je lui fais ses cheveux, moi je m’en fous, j’ai mon salon de coiffure…
Le premier jour où je suis arrivée au salon de coiffure, le premier jour quand j’ai commencé le premier client j’étais en train de travailler là, en train de faire une coupe de cheveux et voilà que Ferdinand vient vers moi, avec aussi une autre coiffeuse… Ils viennent vers moi et il me dit… :
– Regardez… Regardez en bas, par la fenêtre… Il y a Roger Moore qui passe dans la rue…

Je regarde comme ça et puis… Oui, mais t’es bien gentil, mais ici…
Moi je travaille, hein !
Arrête… Moi je m’en fous de Roger Moore !
Rien à foutre… Rien à faire de ces acteurs, de tout ça… Absolument rien à faire, ça me passait par dessus !
Mais Ferdinand me dit…
– Vous ne voulez pas voir ?
Il est passé à la boulangerie d’à côté, allez y vite, qu’il me dit…
– Oui oui… Mais je suis en train de faire une coupe de cheveux…
– Mais allez y… qu’il me dit. Les cheveux, hein on s’en fout…!(Rire)
Alors j’ai laissé la coiffure, le client, et je suis allée voir à côté…
Je suis arrivée à la boulangerie comme si de rien n’était, comme ça, je regardais de loin, et je me suis dit :
– Bon ben voilà… c’est Roger Moore…
C’était un homme, hein… Qu’est ce qu’il a de si extraordinaire ?
Pourquoi est ce qu’ils font un plat pour celui-là ?
Bien sûr, il avait quelque chose, mais bon… C’était en 80, je suis arrivée chez Ferdinand quand j’avais 22 ans…
Alors après, il m’a raconté que c’était lui qui lui avait appris à skier…
Il me disait :
– Ah mais c’est incroyable quand on voit les films, alors qu’il n’avait aucune idée… Il fallait vraiment le pousser, et lui dire, allez vas y… (Rire)
Et en 2008 quand nous sommes allez les revoir à Gstaad… ça faisait presque 25 ans que je ne les avais pas revus, tellement ma vie avait été compliquée par la suite…
Tu te souviens, il nous montrait ses photos de tous ses amis, dans le couloir de son chalet…!?
Et la photo de lui accompagné de son ami Roger Moore… ?


Lui non plus n’avait pas revu son ami depuis longtemps…
Le temps passe si vite… Mais, si nos chemins se croisent, les amitiés restent toujours, dans nos cœurs !
ll y avait aussi un enfant qui venait au salon de coiffure, il était dans un pensionnat… Je crois bien que le pensionnat s’appelait le Rosaire… Il était à Rolle en été, et puis l’hiver, il était à Gstaad.
Ils étaient juste en dessus du salon de coiffure…
Le matin, ils allaient chercher des boules de Berlin pour déjeuner et celui-là venait souvent au salon de coiffure… C’était tous des enfants d’acteurs, ou de princesses, enfin de tout ce monde là…
Quand celui-là venait au salon de coiffure, il venait pour avoir un petit peu d’attention… et peut-être aussi un contact féminin.
Ça m’avait beaucoup marqué, de voir tous ces enfants qui venaient, tu sentais leur désarroi, que ce n’était pas simple pour eux…
Je me souviens qu’il y en avait un, qui était venu une fois pour se faire couper les cheveux, et je lui avais dit :
– Mais tu n as pas besoin de te faire couper les cheveux…
Et il avait répondu :
– Non, mais ça ne fait rien, coupez les un petit peu plus…
Je me suis rendue compte que c’était un enfant qui demandait juste un peu d’attention. Il venait me raconter qu’il aurait préféré que son père ait un petit peu moins de voitures, un petit peu moins de maisons, mais qu’il prenne un petit peu plus de temps, pour le regarder, et être avec lui…
Donc celui-là, tu avais compris pourquoi il venait passer du temps à se faire couper les cheveux même si ce n’était pas nécessaire…
Alors tu vas juste le laisser parler… Il était jeune, il avait peut-être 14 – 15 ans par là autour…
Ce qui m’avait aussi touché, c’est quand il y avait eu l’autre là…
l’acteur, qui était venu… ah, Yves Montant…!
Et que j’avais été avec tous les acteurs qui jouaient dans le film et Yves Montant à la discothèque… !
Mais de voir un enfant du Rosaire, le soir à la discothèque, sortir des billets de 1000 Francs pour payer des boissons ou des trucs comme ça… Parce qu’en fin de compte, s’ils étaient pourris de frics, ces gamins et qu’ils pouvaient sortir, aller boire un verre… mais ils s’ennuyaient terriblement !
Ben oui, ils s’ennuyaient de leurs parents, de leur famille… Ils ne trouvaient pas de sens à leur vie… De voir ça, ça m’avait beaucoup choquée et tellement attristée…
Je me suis dit :
– Oui oui, ils ont tout ça, mais ça ne leur sert à rien du tout, c’est du pipo ! Ils comblaient un vide, le vide de leur parent… C’était leur vie, leur monde qui les emportait !
Je comprenais tellement… je connaissais aussi les orphelinats, et ce que cela voulait dire…
Merci Gracias

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