Mon père passe…

<Enregistré le 20 Février 2015…>

Quand t’es fait autrement… Tu n’arrives pas à comprendre !

Déjà quand je voyais mes parents, j’étais triste pour eux, mais je me disais :
– Non mais quand même…

Je me souviens quand on a quitté le Buffet, je me disais…
– Mais il vont quand même réussir à se rencontrer…?
Ils vont quand même réussir à s’entendre ?

Il y avait toujours cet espoir !
– Non mais c’est bête… Il y avait toujours ce côté, d’espoir.

Cette conscience, de la futilité de leurs chicaneries…?
– Oui, mais il y avait une telle pression de Maman, que quand il est venu à Gstaad me voir, moi qui n’osais même pas rencontrer mon Père…

Quand il est entré, je ne l’avais pas vu, mais c’est Ferdinand qui s’approche de moi et qui me dit :
– Votre Père est venu vous voir…

Je n’en croyais pas mes yeux…
– Mais comment vous savez que c’est mon Père ?
– Oh mais il n’y a pas photo, quand je l’ai vu dans mon miroir, ouvrir la porte, son sourire m’a tout de suite dit que c’était lui…

  • Vous avez le même !

On a mangé ensemble et il m’a acheté des skis, des skis rouges et une combinaison de ski Rouge… Il souvenait du Rouge de ma communion… Je l’ai encore au galetas ! Je ne peux pas m’en séparer…

Mais j’étais gênée… Moi qui n’avait pas le droit de lui parler…
Et là, j’en étais malade, comme un chien quand il est arrivé, il m’a dit : – Oh… mais je vois que tu es malade…
Et il est allé chercher des médicaments à la pharmacie, enfin ce qu’il fallait, et il m’a dit :
– Tiens, prends ça…

Et Maman, si elle était venue me trouver à Gstaad… est ce qu’elle serait allée me chercher un médicament…? Pourquoi …?
Alors qu’elle disait de lui que c’était une vieille râpe, que c’était une saloperie de gaillard… Est ce qu’elle serait allée me chercher des médicaments… ?

Il m’avait apporté une boite pour sucer, une boite pour machin, une boite pour… hein hein… Même moi, je n’y serais pas allée en acheter parce qu’avec Maman on n’avait jamais un truc…
Tu avais la grippe jusqu’ici… mais ta gueule ! Va travailler… !

Tu te souviens ? Toi au début, quand t’étais malade, je me disais :
– Non mais… On ne vas pas s’arrêter pour une grippe !
Non, mais deux paires de claques ! (Rire)

Chez nous c’était ça… C’était ça !
On avance et on ne va pas se faire rattraper par le mal… la fuite en avant.

Alors c’était comme si avec ce stress je ne pouvais pas le rencontrer ce jour là. Sans compter la culpabilité que j’avais… J’étais devant lui, et je ne pouvais même pas parler, tellement j’étais coupable…

Tu sais quand je l’avais rencontré une fois à Fribourg à l’institut de coiffure, quand je l’ai rencontré, ça me dégoulinait en bas des bras… tellement ça me faisait un stress !

Imagine le stress qu’on m’avait mis là-dedans…!

C’est pour ça, que je n’ai jamais voulu faire obstruction à mes enfants pour qu’ils puissent rencontrer leur père… Même si c’était lui laisser une porte ouverte pour détruire tout ce qu’il touchait…

Je ne m’autorisais pas le droit de juger et surtout pas de faire ce qu’on avait fait avec moi…

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