J’habite au restaurant

<Enregistré le 04 Septembre 2014>

Mes parents me disaient toujours de ne pas aller dans la salle de restaurant, de laisser les clients tranquilles… Mais moi, j’y allais.
On pouvait me mettre dehors comme on voulait… mais j’y allais.

C’est là-bas que tu as fait tes classes dans l’observation des comportements humains… voir toutes sortes de gens, toutes les émotions que les clients pouvaient avoir à vivre… C’était devenu un jeu, puisque vous n’aviez rien… Non ?

– Oui, et je me racontais des histoires sur eux, au travers des musiques qu’ils choisissaient. Si c’était des musiques dynamiques et celui-là une musique triste, nostalgique. Selon ce qu’ils choisissaient au jukebox, je décelais l’état émotionnel dans lequel ils étaient et d’écouter ces chansons, quelles émotions ça leur faisaient…

Tu sais, il y avait même des sommelières qui avaient des charges, d’autres qui étaient légères et d’autres qui venaient se distraire.

Déjà rien que là, tu voyais des trucs !
Toutes sortes de trucs qui t’interrogeaient, chez qui on pouvait s’approcher, ou ne pas s’approcher… Intéressés ou pas intéressés.

Et celles qui nous gênaient, on disait :
– Oh, elle va pas nous faire chier celle là…!

Avec une autre, si on pouvait avoir du partage ou pas… C’était tout un apprentissage humain, en fin de compte, relationnel…

Il y avait une sommelière toute particulière, elle était marrante, parce que parfois quand c’était la fin de son service, elle commençait à boire des verres de vins… C’était une Poisson, et elle aimait bien le vin rouge aussi…. Alors au bout d’un moment, elle commençait à chanter…

Tu vois, mon père comme ça l’enchantait de voir une sommelière qui chantait…?

Parce que quand il y avait des clients, c’était bien souvent :
– Qu’est ce que tu bois ? Et toi, qu’est ce que tu bois ?

Alors finalement quand elle avait fini de chanter, si des clients lui avait payé encore un verre de vin, hop, c’était le verre en trop…
Et elle pleurait… Elle était unique celle là !

C’est vrai, les clients bien souvent pour ne pas boire seuls, du soir au matin, et du matin au soir… c’était :
– Qu’est ce qu’on peut t’offrir, qu’ils demandaient à ma mère, tu bois un verre ?

Pour ça, comme bien souvent Maman était invitée par tous ces hommes… Va savoir aussi ce que mon père devait en penser…
Ce qui se passait aussi dans sa tête… Comme la fois où elle avait été courtisée par notre voisin, le boucher…

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