On va danser…

<Enregistré le 27 Août 2014>

Tu as appris très tôt à te prendre en charge...
– Ben oui puisque je n’avais pas cette sécurité…
Tu vois quand je suis partie avec la danse folklorique du village,
j’étais petite, il a même fallu que je cherche un père de substitution… Mais comment, il fallait bien que je trouve !

Je ne sais pas, mais en tout cas j’avais 6 ans. C’était en 64, on était parti deux jours danser pour le Comptoir suisse mais j’étais juste prise comme remplaçante parce qu’il y avait quelqu’un qui n’était pas bien, alors c’était pour le remplacer.

Alors là, j’ai eu l’occasion d’aller danser, et je me souviens d’avoir vécu la joie de voir les gens applaudir. C’était quelque chose pour moi que les gens m’applaudissent, quand je dansais… En fin de compte j’étais une danseuse !

Ce qui m’a fait faire des rêves, que serai danseuse plus tard, tout au long de ma vie s’était toujours mon rêve. J’étais danseuse, et j’avais un public…

Quand j’allais m’évader au galetas, je ne dansais pas, je chantais…
Je chantais là haut, sur le toit du galetas. Mais je dansais dans la grande salle du restaurant, là où le groupe folklorique faisait ses répétitions. J’avais eu de la chance parce que j’avais compris quand ils venaient, qu’ils utilisaient un transistor, et qu’ils l’enfermaient dans l’armoire… J’avais vu comment ils le mettaient sur Play, dessus et qu’il y avait de la musique…
Je savais donc le mettre en marche, et j’avais la musique !

Quand les grands venaient danser le soir, ils venaient toujours le mardi soir ou le jeudi soir, alors j’allais guigner par dessous pour savoir comment il dansaient…
Les grands c’étaient les adultes !

Ils faisaient différentes choses alors j’essayais de comprendre pour savoir comment ils faisaient, pour essayer de refaire aussi, tu vois je prenais la main comme ça…(rire) et je tournais…

Et au Comptoir Suisse, le soir on a dormi dans un des campements militaires. J’avais peur, puisque je n’avais pas l’habitude de dormir ailleurs que dans mon lit…
J’ai dormi dans une couchette, mais comme je n’avais jamais dormi seule… Alors évidement, j’avais le souci de dormir comme ça toute seule, et là, j’étais tout au fond du dortoir, là-bas tout contre le mur… Je me souviens d’avoir eu très peur de dormir là-bas.

Mais finalement c’était la copine de ma sœur, la fille du boulanger qui s’était mise à côté de moi, celle qui est décédée plus tard de la sclérose en plaques… On avait collé les lits jusqu’au fond, d’un côté c’était le mur et de l’autre c’était elle. Elle était venue me rassurer, et elle m’avait dit :
– Non, ne t’inquiète pas, si il y a quelque chose, je suis là, tu n’as pas à…

C’est la première fois et la seule fois, je pense, que j’ai eu vraiment un contact avec elle… Elle avait joué à la petite maman pour moi, bien qu’elle n’avait que deux ans de plus que moi…

Il y avait bien mon frère et ma sœur qui étaient là aussi, mais avec eux je n’ai pas de souvenir de cette journée, aucun.
Par contre j’ai eu le souvenir aussi de Bernard, un employé de la boulangerie… C’est lui que j’avais choisi et qui allait faire ma nounou, qui allait combler mes angoisses, et chez qui quand j’avais sommeil, j’allais dans ses bras…

Je me souviens que ma sœur elle s’était même perdue…
Elle a eu aussi son histoire, comme elle n’en faisait qu’à sa tête, elle n’avait pas suivi le groupe… (rire)…Elle a eu aussi sa dose.

Moi, j’étais plus maline, j’avais pris un père de substitution qui allait prendre soin de moi, et qui m’avait sagement ramenée à la maison dans ses bras, endormie…
Je m’étais bien réveillée plusieurs fois, mais je m’étais dit :

– Tu vois là, t’es bien avec celui là… tu le coinces, et il va prendre soin de toi, c’est bon !

Merci Gracias

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