Le grand tilleul

<Enregistré le 22 Juin 2014>

Quand on était malade, on nous enfermait dans la chambre en quarantaine, à manger des soupes d’avoine, et boire de l’eau…

De plus, on nous badigeonnait de graisse de blaireau sur les oreilles et on nous mettait un bandeau sur la tête… Quelle odeur !

Et comme il n’y avait rien, on s’ennuyait, évidement…
Personne ne passait, nos parents étaient tellement occupés avec l’hôtel et le restaurant, alors Moi, j’ouvrais la fenêtre et je regardais pendant des heures ce grand tilleul, au milieu de la cour…

Je me souviens de l’odeur de ce tilleul au moment de la floraison… C’était magique, une féerie de senteur qui me permettait de m’évader de bonheur.

Aujourd’hui, Je suis toujours amoureuse des tilleuls !

Ils me ramènent à mon enfance, à ces moments de symbiose et de recueillement, qui te métamorphosent.

De nos jours le monde regarde la TV pour occuper les pensées, ce qui leur fait perdre cette capacité d’imaginer, d’observer, de voyager, de méditer et de se recueillir, triste futur…

Car moins un enfant a de choses, plus il acquière la capacité à imaginer et d’observation… Au fond avec rien on doit faire, donc on observe et on imagine…

Ou du moins celui qui a la capacité d’imagination la cultive, et elle s’enrichit ! J’ai bien vu avec mes enfants…

Ma sœur, elle n’était pas résignée, moi je n’avais rien du tout, alors j’imaginais… Il fallait créer avec les moyens du bord.

Ma sœur, elle exigeait car elle n’avait pas la capacité d’imaginer.
Elle ne savait pas jouer. Quand elle me regardait faire, elle était pliée en deux tellement ça la faisait rigoler. Quand elle me voyait avec un drap à faire des déguisements, je l’amusais, elle trouvait ça extraordinaire… Je voyais qu’elle me regardait toujours avec des yeux…

– C’est ce que mon psy m’avait dit de faire : Observer, prendre du recul… et que moi, j’avais du mal… A cause de mon émotion qui m’embarquait, quand tu es pris de dedans, tu ne peux pas t’en sortir…
Alors je réagissais dans l’émotion…et en plus, j’en souffrais !
Il me disait : Prenez de la distance, soyez spectateur de la situation et observez vous… observer ce que vous ressentez...

Ce qui est drôle, c’est que chez toi… c’était inné, ce côté observateur…
– Ouais

Alors est ce que ce côté observateur est due à ton année de pouponnière et que tes parents n’étaient pas là… ?
Car tu as dû être assez seule, finalement au milieu de tous ces bébés… ou est ce que c’est les différentes punitions et périodes de maladie où tes parents t’enfermaient dans la chambre sans rien… Seule, sans jouets… sans personne…?

Est ce par le vide, que tu a appris à prendre de la distance ?
De la distance face aux choses, aux événements, et de regarder autour de toi… et ne pas être acteur de quoi que ce soit ?
mais spectateur…!

Finalement c’est peut-être comme dans les hôpitaux psychiatriques où ils mettent les malades, dans des pièces où il n’y a rien…

  • Mais moi, je n’étais pas folle (Rire)

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