J’ai été adoptée !

<Enregistré le 30 Août 2014 et 21 Janvier 2017>

Je me souviens, je devais avoir 7 ans, quand j’ai commencé l’école.

C’est vers ce moment là, que je vois les différences dans les caractères, et entre mon frère, ma sœur et tout le monde, qui sont tous pointilleux… J’avais l’impression de n’avoir rien à faire là-dedans, alors je me suis dit :
– Mais pourquoi tu ne leur ressembles pas ?

Tu n’es pas comme, eux… Il y a autre chose, et là je dis à maman :
– Ecoute maman, je pense que quand j’étais bébé…

…Il faut dire que j’avais déjà appris l’histoire… Je ne sais pas si c’est mon frère qui me l’avait dit un jour :
– Mais tu sais…

Certainement que j’avais dû l’apprendre comme ça, et là maman, elle était dans sa cuisine en train de travailler et elle se fâche, et elle me dit :
– Non mais tu crois quoi… ?
Regarde tout ce que j’ai à faire, je travaille jour et nuit…

Tout ça, parce que je lui avais annoncé que j’avais été adoptée ?
Je lui avais juste demandé si j’avais été adoptée…

– Non mais tu crois quoi ?
Qu’on allait adopter un enfant ? Non mais ça va pas la tête ? (Rire)

Elle était bouleversée de mon truc et disait :
– Mais t’as un sérieux souci, toi, hein ! …Comment tu pourrais penser qu’on pouvait t’ adopter…

– Mais regarde Maman, je suis différente de vous, je ne sais pas…
Je ne suis pas la même chose, et puis regarde, même la couleur des cheveux, elle est différente, je suis blonde, vous êtes tous foncé… Vraiment non… et puis je ne vous ressemble pas, je ne sais pas…

Alors là, elle était à bout :
– Non mais arrête tout de suite…!

Et elle commence à me raconter comment c’était là-bas…
– Mais de toute façon je n’avais pas le temps de venir te voir !
Et c’est grâce à ta tache de naissance, celle là, près de l’œil que je te reconnaissais. J’avais juste le temps de venir une fois par mois, pour venir payer pour qu’ils te gardent, avec tout ce que j’avais à faire…
S’il n’y avait pas eu cette tache, je n’aurais pas su laquelle était la mienne… C’est ce qui me sauvait, vous étiez tous habillés la même chose, pour moi c’était des bébés…

Alors cet instinct maternel, elle l’annonce bien qu’elle ne l’a pas eu du tout… mais alors pas du tout !

Alors que pour mon frère, quand elle l’a eu , elle avait eu l’instinct maternel tellement fort pour lui, que quand il pleurait dans la maternité avec les autres bébés, elle reconnaissait lequel était le sien… Elle savait lequel c’était, et ils devaient tout de suite lui amener, parce qu’elle avait immédiatement des montées de lait, tellement ça l’énervait…

Elle ne supportait pas de l’entendre pleurer !

Mais elle avait du temps… Elle venait de commencer, dans le petit bistrot de mon père, ils n’avaient pas encore acheté le restaurant.

Alors bien sûr qu’après ça, quand il y a eu ma sœur et le déménagement pour arriver au Buffet…

Avec ma sœur, elle n’avait déjà plus trop le temps, et puis le Père… Il était ravi, lui qui souhaitait tellement une fille ! Alors quand elle est arrivée, c’était lui qui était au comble du bonheur… C’était lui qui devenait enfin « Père »… Il jubilait !

Maman ? On ne sait pas… Quand tu es tellement dans ce que tu fais et que tu penses que c’est toi qui doit faire, que ce n’est pas les autres qui peuvent faire… Quand tu as vraiment deux mains droites et que tu vois l’autre faire un petit peu de travers, alors évidement, tu veux systématiquement faire avec… et toi aussi, tu es comme ça !

Oui…je sais….

Si on fait quelque chose et qu’elles ne sont pas faites comme tu veux… et tout, tu vas refaire derrière…
Mais nom d’un chien, et bien non… C’est dur comme ça… !
Toc, toc (Elle toque sur la table…)

Et Maman avec ça, ce n’était pas une patronne. Mais le père, je ne sais pas… Mais ce que je savais, c’est que lui, il avait l’œil !

L’œil d’un patron, tandis que maman, elle avait l’œil d’une employée hautement qualifiée, mais elle n’avait pas l’œil d’un patron puisqu’elle ne pouvait pas transmettre.

Quand elle récurait le bistrot, le père il se fâchait…
– Non mais non de bleu ! Tu as Francisca, c’est à Francisca de le faire… Elle te sert à quoi ?

Et puis le soir aussi, quand elle balayait son restaurant… Il lui disait, mais tu n’a pas à balayer le restaurant… et Maman :
– Non mais on n’a pas le temps le matin, ça recommence, il y a d’autres choses…

Alors le soir, elle montait toutes les chaises sur les tables et puis elle balayait encore avant de monter se coucher…

C’était trop !

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