La plaque de chocolat

<Enregistré le 22 Juin 2014>

Finalement, j’étais totalement résignée quand je voyais ma sœur qui voulait son chocolat et mon frère son paquet de biscuits…

J’avais eu tellement l’habitude de voir manger les enfants de la boulangerie, des glaces, des gâteaux, et qu’ils les mangeaient à côté de toi, sans te demander si tu en voulais…
Finalement tu en avais forcément envie mais que… et bien tu n’avais rien.

Alors quand je recevais une plaque de chocolat d’un client, en récompense ou par gentillesse, alors ça c’était sûr… J’avais compris !

Je la mettais dans ma culotte, et je me disais :

– Je ne vous demande rien du tout, hein…
Mais celle là, elle est à moi ! Je l’ai reçue, et là vous pouvez toujours courir…

J’avais vu, une fois ma plaque de chocolat on me l’a ramassée et puis on l’a remise pour la vente… Alors ça ne va pas se passer deux fois, hein !
Je me suis dit :
– Ah ben dit donc, cette fois ci, tu peux courir… !

Mais par contre je ne demandais rien à personne, parce que ce n’était pas la peine. Même après je ne demandais pas à Maman.

Ma sœur, elle a toujours demandé :
– Ben dis donc… Tu me donnes de l’argent pour aller ici, ou pour l’abonnement !

Moi, je suis allée travailler et je me suis dit :
– Débrouille toi, toi-même.
Parce que quand je demandais, on me disait non…

Si ma sœur exigeait, elle avait…

C’était pareil que le «Je veux »… Elle exigeait que Maman assume, et Moi, j’étais résignée. Je savais qu’on ne me considérait pas vraiment dans le même groupe…

Mon droit à l’existence était faible. Pas le droit… Je savais que de toute façon je n’aurais rien eu, et j’avais compris que si je voulais avoir, c’était par mon propre chemin…

Chez toi, tes parents vous corrigeaient en disant :
– On ne dit pas je veux, mais nous voulons, que c’est le Roi qui dit «Je veux… ». Chez vous, on vous corrigeait sur la manière de parler, on vous faisait « demander » et pas exiger, on vous faisait comprendre qu’il y avait une autorité décidante, et que ce que vous aviez, c’était octroyé sur demande et que ce n’était pas sûr d’avoir…
C’était eux qui jugeaient si la requête était fondée ou pas et s’ils étaient en mesure de répondre à la demande, si vous le méritiez… et pour instaurer une dépendance.
C’était pour dire :
– Toi t’es l’enfant, et nous, nous sommes tes parents. Voilà !

L’enfant apprend à gérer ses frustrations et ses envies…
Alors que là, l’enfant ne comprend rien, à part qu’il faut crier encore plus fort pour avoir… Pour que sa mère s’aperçoive de ses besoins, et je ne parle même pas forcément d’envies…

Je me souviens d’une plaque de chocolat, que j’avais mise dans ma culotte, après un bon moment, elle avait fondue… Alors j’ai tout léché le papier d’alu, jusqu’au bout et j’ai eu presque une crise de foie…(rire)

Mais je n’ai rien dit à personne !

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