<Enregistré le 25 Octobre 2013>
Ce qui est paradoxal, ce sont nos manières de nous évader…
Mon frère et ma sœur étaient complètement accrocs aux chanteurs, ils rêvaient des chanteurs et avaient plein de posters de leurs idoles.
Ils vivaient avec des gens qui n’étaient pas présents…
C’était leurs rêves, et quand je voyais ça, je me disais :
– Ils sont complètement absents… Ils vivent dans quel monde ?
Ma sœur vivait avec « Salut les copains », et avec les images de son journal, avec la chanteuse qu’elle voyait dedans, sur le catalogue…
Elle lisait ses histoires, elle connaissait sa vie, et toutes les chansons de Claude François… Elle les connaissait toutes par cœur et son coin de chambre était rempli de posters et il ne fallait surtout pas abimer un coin… Mon Dieu… Un sacrilège !
Elle devait rêver un mois, pour décider là où elle devait poser son poster… Elle mesurait avec un mètre pour savoir à combien de centimètres elle allait l’accrocher au mur… du haut et du bas…
Alors qu’ils étaient complètement cartésiens et matériels…
C’était époustouflant !
Et moi, je me disais :
– Mais comment est ce que ça se fait qu’ils puissent rêver à des chanteurs, ou à des chansons, à des gens qu’ils ne connaissent pas, ni leur histoire…
Et on disait de moi, que j’étais une rêveuse ?…C’était croisé !
Moi, la chanson ? Oui, j’aimais bien tous ces chanteurs et leurs chansons, mais j’aimais surtout les entendre au restaurant…
Je savais par exemple quelles chansons, tel ou tel client aimait…
Quand il allait au Jukebox, et qu’il allait mettre un franc, ce qu’il allait mettre comme disque… Je connaissais par rapport aux goûts des gens et très souvent quand j’étais à côté d’eux, ils me disaient :
– Tu peux en choisir une…
Parce que pour un franc on pouvait en mettre 5, alors je choisissais, Michel Fugain, Michel Sardou…
Les chanteurs c’étaient une identité, un exemple de vie, c’était un idéal qu’ils voulaient atteindre. A chaque fois ma sœur était plongée dans l’une ou l’autre, qu’elle aurait aimé être…
Moi, je n’avais pas besoin de cette identification… ou de l’appropriation d’une notoriété… Je n’ai jamais eu ça. Mais je constatais ça, chez ma sœur et j’étais très admirative…
Comment elle pouvait être complètement fan, fanatique, et ça leur changeait complètement la vie…
D’ailleurs, t’aurais vu quand ma fille est allée voir en ville, la Star Académie, il y a quelques années… C’était devant l’hôtel du Lac, je l’ai accompagnée, parce qu’elle voulait y aller et il fallait que je comprenne…
Mais je ne t’explique pas, j’ai eu un retour en arrière, sur ma sœur, total !
Complètement hystérique, à gueuler par les fenêtres… Je me souviens, elle avait voulu aller voir Georges Alain, je ne sais pas si tu te souviens de lui… un des chanteurs de la Star Académie…
Et elle criait :
– Georges Alainnnnnnn, Georges Alainnnnnn, je veux venir avec toi…
Des cinglées, des cinglées… (rire) et l’autre… elle gueulait un autre nom… parce qu’elle le voyait passer derrière la fenêtre de leur chambre à coucher… Après elles couraient dans les salles, le corridor…
C’était des ados…
Merci Gracias, pour ces moments de joie.

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