Chez ma marraine…

<Enregistré le 15 Septembre 2016>

Mon oncle n’a pas voulu que j’aille à l’orphelinat, alors j’ai été placée chez ma marraine de confirmation… Comme ça, je pouvais retourner à l’école, dans la même classe. Je ne te dis pas comment je me sentais… avec tous ces regards, tous mes copains et copines je ne les voyais plus…

C’était le chaos. Je pleurais tout le temps…

(Emotions… C’est fou qu’après 44 -45 ans, que l’émotion soit toujours autant présente… Mais nous étions en 2016, de nouveaux évènements s’étaient passés…)

Mon oncle venait me chercher les week-ends. Ma mère et ma sœur ont habité chez lui pendant une année. Après on a tous emménagé dans un village voisin, et on y est resté…

Quand à mon Père, il a du vendre le restaurant, car il ne pouvait plus le faire marcher. On n’était plus là, et en plus la procédure de divorce était commencée…

C’était le chaos, le chaos… total !

Alors pour me concentrer à l’école ? Tu pouvais toujours courir…

Et Moi, sans le restaurant, sans tout ce monde que je rencontrais…?

  • C’était ma famille !

Et d’un coup, ton monde s’écroule… et selon l’âge que tu as, comment faire pout trouver la force de continuer ta route ?
Mon frère, lui il avait 18 ans, ma sœur 15, mais moi 13…!

Heureusement, il y avait ma marraine… Elle devait avoir 50 ans et la grand-mère, elle devait avoir 80 ans… Ma marraine était mariée, c’étaient des gentils gens, ils avaient 3 enfants, et un chien, un loulou…

Une des fille avait 27 ans, elle vivait avec son copain, mais elle revenait chez ma marraine une fois par mois…
Imagine pour moi c’était âgé, j’avais 13 – 14 ans…!
Mais j’étais très contente quand elle venait… c’était comme un bol d’air, surtout qu’elle était rigolo, toujours contente…

Elle avait l’humour et la joie de vivre de son père. Après il y avait le fils, c’était le dernier, le petit dernier, je ne sais pas à l’époque quel âge il avait, vers 23, 24 ans sans doute… mais pour moi, il était vieux, hein !

Il était fiancé avec une coiffeuse… Je ne me souviens plus comment s’appelait, sa copine… Il venait aussi de temps en temps à la maison, et allait des fois dormir chez elle, parfois c’était elle qui venait dormir chez lui…

La grand-mère avait la sclérose en plaques et c’était le mari de ma marraine qui s’en occupait, c’est lui qui la soignait. Même s’il devait avoir la soixantaine, c’était lui qui la soignait… Elle était sur une chaise roulante…

Il travaillait au début, je crois dans la maçonnerie mais il avait perdu son boulot à l’époque des restructurations… Tu vois, il y avait eu tous ces italiens qui étaient arrivés en suisse… Alors lui, il détestait les italiens !
Il les appelait les « Val Uts »… et il disait à ses enfants…:
– Bon, mais vous ne me ramènerez pas des « Val Uts »…et voilà que la première, elle lui ramène un italien… Elle était très attachée à sa mère, mais elle aimait beaucoup son papa, et voilà qu’elle tombe amoureuse d’un « Val Ut », un beau « Val Ut », un grand gaillard bien fait, bien construit…

C’était vraiment une famille très tendre… Une très belle famille.
Ils avaient un chien, un chien un blanc, il s’appelait Loulou.
Alors celui-là, c’était vraiment l’ami du père, quand il dormait, il allait dormir sur lui, sur le canapé, là où il faisait toujours sa petite sieste de 10 minutes à un quart d’heure, et quand il partait au lait, au village d’à côté il prenait sa vespa… et il disait :
– Loulou ?… On va au lait !
Il suffisait qu’il prenne son seau pour aller chercher le lait, il le secouait comme ça… et hop le chien sautait sur le scooter… sur la Vespa, parce qu’il savait que c’était l’heure d’aller au lait…

C’était quelque chose de très drôle… Oh oui, c’était vraiment quelque chose de nouveau, tant de douceurs… C’était un chien blanc avec de longs poils… Il se mettait devant, les deux pattes sur le guidon, on aurait presque pu croire que c’était le chien qui conduisait…
Lui et ma marraine, on voyait qu’ils s’aimaient beaucoup.

Quand j’étais encore au buffet, le grand père était encore vivant, il était venu un soir de nouvel an… et maman nous avait dit qu’il avait dansé jusque 3 – 4 heures du matin…
C’était une belle famille, heureusement qu’ils ont été là pour moi, car l’année que j’ai passée chez eux, pour moi c’était une année de souffrance…

Une année où j’étais éteinte, totalement éteinte… C’était une dépression cachée…

La famille n’existait plus… ton père tu ne savais même pas où il était

– Ben oui, il était au buffet… Pour moi c’était violent !
A chaque fois que je fermais les volets je voyais le buffet, puisque la maison de ma marraine était presque en face… C’était en face de la gare, et juste à côté il y avait le buffet… Mais je n’avais pas le droit d’y aller… Interdiction d’y aller… Soi disant décidé par le juge. C’était assez violent !

Et tout ça sans savoir pourquoi…

Donc ça avait été une année de souffrance, mais ma marraine, elle savait que pour moi ça avait été une année extrêmement difficile, et elle a tout fait pour que je me sente bien…

Elle disait c’est incroyable… cette fille, le matin quand je vais la réveiller, elle est en boule sous le duvet, je me demande toujours si elle a fuguée ou si elle respire encore…
Les premières fois elle avait eu la trouille, elle se disait :
– Elle a fuguée, elle s’est tirée…

En fin de compte, je faisais boule tout au fond du lit… C’était l’horreur.

Ça veut dire que quand je les ai quittés plus tard, je n’ai plus pu y retourner… Je ne pouvais plus ! Ce n’était pas à cause d’eux, ça n’avait rien à voir… Je ne pouvais même plus rentrer dans le village. Et quand je passais en train, c’était déjà trop… C’était une réactivation, quoi !

  • Il fallait que je zappe !

Tu en as encore les larmes aux yeux…!

(Long silence)

– Oui, et je passais devant le restaurant, tous les jours pour aller à l’école…

Un désastre, le chaos…

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