<Enregistré le 27 Octobre 2013>
Ma sœur, c’était une révoltée, et elle se révoltait fort. Alors quand elle n’acceptait pas, elle tapait du poing sur la table, pour réclamer ce qu’elle voulait…
Mais elle, elle pouvait se révolter et exiger, parce qu’elle savait qu’il y avait son père derrière, puisque c’est lui qui s’en était occupé quand elle était bébé, et en plus elle avait couché longtemps entre nos deux parents, dans leur lit…
– Alors que toi, tu savais que quoi que tu fasses, les choses ne changeraient pas… Que tu n’avais pas de poids… N’ayant pas eu accès à ton père, la seule personne qui pouvait t’aider c’était ta mère, mais là ,les regards étaient inversés, après son déni de grossesse…
– Tu sais, quand j’ai quitté le buffet, je suis arrivée à l’école le lundi et je ne savais même pas où était mon sac d’école, ni mes affaires… C’était le 8 octobre et je n’avais même pas une veste…
Finalement je n’avais plus rien… Je ne savais même pas où j’habitais… et là, ce n’était pas le souci de l’autre non plus, hein !
– Ce sont les concours de circonstances, qui font que tu n’avais pas ton père, ni ta mère…
C’est ce que mon frère m’a dit :
– On était juste des esclaves, pour nos parents… Il faut dire que tous les trois on a dû sentir ça, puisque mon frère le dit…
On était des esclaves, on n’était pas des enfants… On n’avait aucune place là-dedans, et c’est vraiment vrai, puisque quand on avait besoin de quelque chose, personne ne se sentait concerné…
On m’avait dit :
– Alors, tu n’as plus le droit de retourner au restaurant !
Tu n’as plus le droit de retourner à la maison…
…Et si t’as besoin d’une jaquette ?
Et bien, tu n’as plus de veste et c’est le mois d’octobre…
Tu n’as pas de sac, tu n’as rien du tout, et tu ne sais même plus du tout où c’est… Tu n’as pas le droit de retourner à la maison, c’est défendu !
Tu habites ici maintenant, c’est tout…
–Mais tu n’avais pas de vêtements, tu n’avais rien ?
– Mais tu vois… Mais qu’est ce que tu fais quand on te dit, tu as une demi heure et que tu dois quitter la maison…?
– Mais ce n’est pas toi qui devais prendre tes vêtements et les mettre dans ta valise, quand même… ?
– Mais bien sûr ! …Tu rêves ? C’était mon souci !
– C’était toi… ?(Incrédule)
Oui, c’était mon souci… Jusqu’à la fin c’était mon souci !
(Emotion, la gorge serrée, elle ne peut plus parler)
…
– Parce que même les flics ils n’ont rien fait ?
– Mais rien fait ! …Ils ont dit : Dehors !
Ma sœur, elle a tiré ce qu’elle voulait de ses affaires… Une petite valise comme ça…
(Emotion… une minute passe…)
– Bien, il faut entreprendre quelque chose pour oublier ça…
Alors après, tu as eu le comportement inverse avec tes enfants… D’anticiper, pour qu’ils n’aient pas à vivre des trucs comme ça !
Ah, ben oui… Parce que je savais que quelque part combien c’était…
Maman, ce n’était jamais son truc, ce n’était pas son souci…
Par rapport à tout, c’était :
– Tu n’as pas besoin…
Même plus tard quand t’as tes enfants, tu lui dis :
– On peut s’arrêter, on va acheter des glaces pour les enfants…
Et elle te dit :
– Ils n’ont pas besoin…
Elle continue encore comme ça… C’est ça. Et tout d’un coup ces glaces, elles vont manquer… et tout d’un coup, je me sens comme une…
– Parce que tu as compris que quand elle te dit :
– Tu n’as pas besoin…
– Ça veut dire que finalement tu n’as même pas le droit d’exister…
– Oui… Tu vois quand elle dit à mon frère :
– Mets ta jaquette, il fait froid.
Alors qu’il a 50 ou 60 ans… (Rire triste) et qu’en plus c’est elle qui te le raconte… Elle le voyait, lui.. mais moi, elle ne me voyait pas.
- Mais je ne savais pas encore que mes enfants, non plus ne me verraient pas un jour…
C’était la consécration du déni de ma gestation…
Tout ça, c’est ce que j’ai pu ressentir dans ma recherche de guérison profonde, quand on est allé à IKEA, je t’avais raconté quelle avait été ma guérison du Buffet… du téléphone noir, lors du départ du buffet à 13 ans…
Grâce à Eric, mon ami… Cet Amour tellement intense, qu’il avait eu pour moi… Puisqu’il voulait me marier au bout de trois jours qu’il m’avait vu…
Il avait une telle présence, qu’il disait :
– Même s’il pleut des éléphants, je me déplacerai, je viendrai !
Donc c’était intense, une grâce…
Il arrivait le soir, et moi je déposais les enfants… On se retrouvait bien souvent à 19:00. Je préparais quelque chose qu’on grignotait et il repartait très souvent vers 23:00 sur sa moto…
Alors qu’on avait passé beaucoup de temps à travailler.
Pour cette partie là, il m’a bien aidé…
Je t’ai dit :
– Oui, c’est grâce à cet Amour que j’ai pu guérir cette phase, ce qui n’était pas possible avec un thérapeute… Parce qu’avec un thérapeute, tu y vas, il t’écoute et tout… mais il ne te donne pas cet attention, cet Amour… dont tu as besoin !
Il m’a beaucoup aidé aussi pour me faire prendre conscience, de ce que c’était, un pervers narcissique… Comment ils fonctionnaient et de comment j’avais pu le vivre avec mon ex-mari…
Et dimanche dernier, tu me dis :
– Ecoute à la télévision, l’émission avec la psychologue sur le pardon…?
D’ailleurs je t’en avais déjà parlé du pardon… Comment j’avais donné le pardon à tout le monde… Comment j’avais pris de la distance, du recul sur les évènements…
Avec Eric, c’était du vécu, du travaillé et du ressenti. Il n’avait pas d’études universitaires… Non, non !
Vraiment ce que j’ai pu ressentir, ça avait été le fruit du travail avec lui et que j’avais pu faire au fond de moi-même…
Alors on écoute ensemble l’émission dimanche, et on retrouve tout le travail que j’avais pu développer, par rapport au téléphone noir…
Quand je suis rentrée de l’école, mon père n’était pas là, et ma mère non plus… Alors une sommelière est arrivée et m’a demandé d’attendre, que ma mère allait me téléphoner…
Alors j’ai attendu… et quand le téléphone a sonné, j’ai pris le téléphone qui était dans la cabine. C’était un téléphone fixe, un ancien, un noir…
Et là Maman, me dit…:
– Va préparer tes affaires, la police va venir te chercher…
- Ton père t’a inscrite à l’orphelinat !
Le monde s’écroulait. J’hurlais de douleur !
Les voisins s’en souviennent encore. Ma sœur aussi de me voir autant affectée… Ça l’a affectée plus de me voir hurler que de savoir ce qui se passait…
- Nous quittions le Buffet…
Mon père avait l’interdiction de nous contacter. Ma mère avait été emmenée par la police pour la forcer à quitter le Buffet…
C’est son frère qui l’a hébergé avec ma sœur.
Mon frère était déjà loin, depuis 1 an qu’il avait été placé en dehors de la famille… après qu’il avait été voir la police avec le révolver de mon père, en disant qu’il allait faire un malheur, si elle n’intervenait pas…
Et moi, personne ne voulait de moi ?
Je revivais l’abandon de ma naissance, toutes les peurs de mon enfance qui se matérialisaient de nouveau…
Oui, Eric m’a longtemps entendue raconter cette histoire, soulever chaque pierre qui me faisait pleurer à chaque fois pendant des heures…
Oui, il m’a écoutée, accompagnée… Jusqu’au jour, où c’est devenu un souvenir, encore douloureux, mais j’en étais guérie, le pardon avait pu se poser et je pouvais passer à autre chose, y repenser sans pleurer avec autant de douleur, ce souvenir devenait supportable…
Aujourd’hui, je pense que chez Maman, comme elle m’avait inscrite à l’orphelinat, et que maintenant, elle se retrouve là-bas depuis ses problèmes de santé… Ce n’est pas anodin, qu’elle retourne à ses racines… dans ce village, là où elle a vécue, et de se trouver dans ce home, où elle m’avait inscrite, en me disant :
– Ecoute ton père, il t’a inscrite là-bas…
Je ne sais pas, mais chez Maman c’est comme si c’était un temps de purification… C’est comme si c’était une âme qui avait demandée à purger différentes choses…
Je pense qu’on a des vies où on travaille, où on ne travaille pas, où on passe sa vie dans les plaisirs et il y a des vies où on avance… où on avance vraiment !
Et là, on s’était dit :
– Quand tu la vois là-bas, en peine… dans ce home, dans l’état où elle se trouve… Elle a vraiment souhaité cette période de purification.
Tout ça après avoir traversé tant de choses et devoir vivre ce qu’elle vit maintenant…?
Parce qu’elle fait parti des cas les plus lourds dans le home, hein, tu as vu… il y en a deux ou trois, mais pas plus…
Alors c’est vraiment un temps de purification.
– Surtout si elle ne voit pas et qu’elle n’entend pratiquement plus…
– C’est pour ça, tout aurait pu dire qu’elle allait s’en aller, et bien non… C’est comme si…
– Elle devait passer par là ?
– Qu’elle voulait se purifier… Il y a vraiment un grand travail…

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