<Enregistré le 15 Septembre 2016>
– On pensait que c’était un complexe d’infériorité, mais ce n’est pas ça… C’était un complexe existentiel…Tu as l’impression que les gens ne te voient pas…
– Oui, c’est ça !
Ils ne me voient pas… Mais si ma propre Maman ne me voit pas, alors c’est qui, qui me voit ?
Même ces jours ci, j’espère un tout petit peu qu’elle va être contente, qu’elle va te dire qu’elle est contente d’être avec toi… Mais il n’y a rien à faire… (Tristesse)
– Elle ne te voit pas !
– C’est ce que je me suis dit cet après midi… Il n’y a que le « faire » et faire pour elle… Je me suis dit :
– Tu lui as rendu service, tu lui as fait son linge, ses machins, et enfant en plus, tu ne prends pas soin de tes études parce que tu prends soin de ta mère, de tout ce dont elle a besoin… Et lorsque tu lui demandes ce dont toi, tu as besoin…
- Elle te dit : NON… !
Alors tu vas continuer de faire ? Mais elle ne te voit pas !
– C’est comme si elle n’avait pas la conscience… Ce qui m’a sauté aux yeux l’autre jour, c’est l’image de vous deux, quand je t’ai vu allongée dans son lit d’hôpital, des suites de son accident cérébral quand elle s’était cognée la tête, et qu’elle perdait du sang doucement à l’intérieur du crâne… quand tu l’a prise dans tes bras, là je me suis dit :
– C’est drôle, c’est inversé !
Il y a eu cette prise de conscience que tu tenais ta maman dans les bras, mais qu’on sentait que dans son inconscient elle te voyait comme sa maman…
– Ah oui, avec maman…
Parce qu’elle voudrait que sa mère soit encore là et la chérisse… et lui dise : Viens je te réconforte… Elle avait bien fait son transfert à son décès… !
Et toi, quand tu la prends dans les bras, tu voudrais juste qu’elle te dise les petits mots d’une maman, comme si c’était toi le bébé… et finalement c’était elle « le bébé »…
– Oui, mais j’étais contente qu’elle soit soignée…
– Mais dans ton inconscient c’est là aussi… Je te prends dans mes bras, parce que finalement j’aime être dans tes bras… J’en ai besoin de tes bras, je les cherche, je les ai toujours cherchés mais tu ne me les donnes pas…
J’aime être dans tes bras parce que, c’était ça que j’aurais eu besoin, des moment où tu m’aurais fait plaisir où j’aurais senti une maman… et comme tu ne me prends pas dans tes bras, alors je suis obligée, moi de te prendre dans mes bras…
Parce que sinon je n’aurais rien ! Et depuis mon enfance, je suis obligée de grimper sur tes jambes dès que tu es assise…
– Ben oui… Je me souviendrai toujours que ça m’avait fait quelque chose, quand j’étais chez mon oncle à 6 ans pour ramasser les pommes de terre, et qu’il y a ma tante qui vient le soir, vers mon lit… Elle apporte la bouteille à ses enfants parce qu’elle a encore des tout-petits… et puis elle s’arrête au pied de mon lit… Là, elle me raconte une histoire, que je ne comprends rien, mais je vois vite qu’elle prend le temps de me raconter une histoire…
Bien sûr, elle me parle en suisse allemand, ces petits mots gentils pour me dire bonne nuit… Je sens cette douceur, que c’est tout doux… Je l’entends encore avec son intonation, je l’ai encore dans mes oreilles… On ne m’avait jamais parlé comme ça… !
Elle m’avait parlé comme on parle avec un enfant, tout doucement… C’était tout doux, et puis elle avait même chanté… J’entendais que c’était très doux… et c’était pour moi !
Ah ça avait été quelque chose, à 6 ans de sentir tout ça, pour moi !
(On était dans un restaurant en espagne…)
Ça avait été quelque chose parce que… Oh regarde dehors par la fenêtre… il y a un chien qui dit :
– Non je n’avance pas ! J’ai pas envie… Non, je ne vais pas me promener ! La mère qui se tire, les cheveux aux quatre vents…
– Non j’y vais pas…!
Et elle est obligée de le détacher…
– Est ce que tu veux venir maintenant… ? (Rire)
– Ah non !
Mais regarde ça… Je trouve ça, excellent… Elle doit discuter avec son chien… Et il ne bouge pas, le chien s’est assis…
– Alors tu viens ?
Alors maintenant c’est moi qui fait ce que je veux et c’est moi qui vais dedans… T’as compris ? (Rire)
Elle lui a dit :
– Nous, on est ici en vacances…! On t’a emmené avec nous… Ecoute !
Mais lui a dit :
– Non, pas question !
Alors elle le tire d’un coup sec, tu sais comme une chèvre… et finalement elle était désolée, alors elle lui donne un biscuit !
et lui, il lui dit :
– T’es gênée ?
– Non non…
C’est du grand comique !
Et il reste assis comme ça… Il ne veut pas se mettre debout… Non…
Elle a tout essayé, il y a même des personnes qui viennent pour concilier… Non… Elle tire un coup sur la laisse.
Non non… Il ne bouge pas…!
– Allez tu viens ?… Tu viens…Tu viens pas ?
Le chien :
– Je veux bien te faire plaisir mais c’est moi qui décide…!
Tu te rappelles c’est comme la gamine en Turquie, celle qui avait trois ans et qui avait dit ça, à son père sur la terrasse du resto…
Qu’est ce qu’on s’était marré… Ça commençait tôt !
Et ici, c’est le chien qui fait ça et les parents ne disent rien…(Rire)
Regarde, maintenant la mère, elle passe devant… Ça veut dire :
– C’est moi qui avance…!
…
– Bon… Alors quand j’étais allée chez mon oncle, c’était quelque chose cette cueillette de pommes de terres, à 6 ans.
Déjà, il y avait la cousine de ma tante… Elle était en train d’apprendre maitresse d’école enfantine… Alors tu penses, elle était ravie, de voir cette petite fille qui parle Français…!
Tous les autres parlaient le Suisse Allemand, et elle décide de ramasser les pommes de terre avec moi…
Il y a quelqu’un qui m’accompagne, et aussi pour porter les paniers avec moi !?
Et comme elle aime les enfants et qu’elle est en train d’apprendre ce métier, en ramassant les pommes de terre elle m’apprend l’alphabet…
Ce qui fait que quand j’ai commencé l’école, je connaissais l’alphabet… et des chansons !
Alors c’était vraiment bien, ces pommes de terre… Je peux te dire alors !
Et après ça, quand on rentre manger chez ma tante, alors là, c’était une autre histoire !
Parce que moi, je ne mange pas de salade…Tu connais l’histoire…
Alors quand elle me met de la salade, comme à tout le monde, alors que moi je ne la mange pas… Je vois, quelle sert tout le monde, et je me demande bien comment je vais pouvoir concilier… Comme elle te parle en Suisse Allemand, et que toi, tu parles le Français…
Ben voilà, la salade, c’est la salade, comme tout le monde…
Ok, je me dis… et bien pour moi il n’y aura pas de salade !
Je ne ferai pas comme tout le monde, mais je ne ferai pas d’histoire… Alors comme on a tous notre tablier, je prends le mouchoir de ma poche… Je mets ma salade dans ma bouche et à chaque fois, je prends mon mouchoir, et je crache dans mon mouchoir… Et je le secoue sous la table… et la salade, elle est là, sous la table ! (Rire)
Alors ma tante… Ça a été très simple à voir, parce que, quand elle a balayé sa cuisine après le repas… Ce n’était pas compliqué de savoir qui était à cette place, qui avait jeté la salade sous la table…
Donc elle vient me chercher… elle pousse la table, et elle me dit :
– Was ist es dasss… ? Qu’est ce que c’est que ça… ?
Et je lui dis :
– Salade… (Rire)
Et elle continue :
– Yooohhh Tohhh! (Grosse voix)
Was muss ich mache mit dass ? Mais qu’est ce que je dois faire avec ça ?
Puis en Français…:
– Mais tout le monde mange la salade ici… et si toi tu ne manges pas, qu’est ce que je vais faire ?
Alors je la regarde et je lui dis :
– Je peux pas…(Avec désespoir) Je peux pas manger la salade…
Je peux pas… !
– On t’avait trop trempé la tête dedans…
Oui, mais comme elle ne comprend pas bien le Français… mais elle comprend qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas pour moi…
Evidement, elle ne savait pas toute l’histoire… Mais elle me voit triste… Alors, elle me dit :
– Ja… gut…
Et le lendemain, avant que je vienne à table, elle m’appelle à la cuisine, elle me montre que c’est de l’herbe et me dit :
– Touche, regarde… C’est de l’herbe…
Alors je touche… Elle repose l’assiette… et elle met du sucre dessus et me dit :
– Regarde, je mets du sucre… Goûte, maintenant…
Bon, voilà dans ton assiette, il y aura du sucre… Comme ça, tu peux la manger, qu’elle me dit… Tu manges, c’est juste de l’herbe avec du sucre…
Surtout que depuis ce jour, elle avait servi la sauce à côté, comme ça, celui qui en voulait, pouvait en mettre…
Et voilà sans sauce et avec du sucre, je la mange, pas de souci…!
Je mange l’herbe avec le sucre. Il n’y a pas ce gout… le goût de la salade de Maman… Alors tout le temps que j’ai passée chez eux, une ou deux semaines, pour les pommes de terre, peut-être dix jours… je pouvais manger de la salade !
Il n’y avait aucun souci… parce que le reste, je pouvais manger ! C’était pas très fort, et ce qu’elle faisait à manger c’était toujours la même chose… Tous les jours de la purée et du rôti. Le reste, c’était sécurité, ça ne changeait jamais.
Et la salade, elle m’a toujours mis du sucre dedans, alors j’étais tranquille.
En tout cas je savais que s’il n’y avait pas de sauce, ça ne sentait pas mauvais. Il n’y avait pas ce vinaigre, il n’y avait pas d’oignons… Il n’y avait rien du tout…
Comme ça, elle gardait sa place devant les autres… et moi aussi.
Elle m’avait dit :
– Regarde, comme tu manges bien…
Elle m’avait félicitée… Alors tout allait très bien. Mais dès que je suis rentrée chez nous… et bien c’était pas ça, hein…!
On te met une vinaigrée avec des oignons… A vomir… Voilà !
– Voilà les raisons pour lesquelles, encore aujourd’hui tu ne peux toujours pas manger d’oignons, ni de sauce dans tes salades…
– Oui, tout était trop fort… Trop fort pour mes goûts d’enfants…
Vinaigre, oignons, ails, et en plus… les punitions et la tête dans l’assiette, et dans le vomi…
Chez nous, tu n’étais pas entendue… Je ne sais pas pourquoi, Maman elle ne s’était jamais posée la question…
Ma tante, elle avait rêvé d’avoir plein d’enfants…
C’était ça son truc, alors elle les écoutait, elle les regardait…
Mais chez nous…

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