Le 8 Octobre…

<Enregistré le 15 Septembre 2016>

Quand j’allais jouer chez ma copine, la fille du boulanger d’à côté, je rencontrais tous ses frères et sœurs, et je voyais une famille heureuse… On pouvait découvrir tous ces enfants, à des âges différents, ces garçons, ces filles et leurs prénoms, et je voyais bien toutes les différences que nous pouvions avoir avec eux…

Mais je les remercie pour tout, pour toute cette douceur, que j’ai apprise chez eux…

Je pense que c’est cette douceur, que j’ai voulu redonner à mes enfants… Cette douceur que j’avais reçue chez eux, j’aurais bien voulu aussi l’avoir dans mon enfance…

La grande souffrance du boulanger, c’était d’avoir été fils unique, alors il avait voulu une grande famille et partager, surtout partager… C’est pour ça qu’il faisait de la musique avec ses enfants. Sa femme qui venait d’une grande famille ce n’était pas son truc… Ce n’était pas elle qui voulait une grande famille, c’était lui !

Elle n’était pas très sensible, à voir ses enfants qui passaient devant toi, et qui partageaient ou pas, ça ne la touchait pas, rien du tout. C’était lui qui était touché par ça… Si t’étais passée devant elle, et que sa fille mangeait une glace devant toi, elle n’aurait jamais rien dit… Elle n’était pas touchée, ou ne voyait peut-être même pas, pourtant elle sortait d’une grande famille…

Tandis que le père, lui, il disait :
– Mais combien de fois il faut que je te le dise… mais la prochaine fois, je vais même te donner une fessée, je crois… Je vais vraiment me fâcher…

Mais finalement, à l’enterrement de leur fille, décédée de la sclérose en plaques, la copine de ma sœur… et même au mariage de ma copine, je préférais avoir été la petite du restaurant…
J’étais contente d’être née de mes parents malgré toutes ces histoires, parce que j’avais pu voir cette différence…

Bien sûr, j’avais pu voir leur côté douceur, cette chaleur…
Ce n’était pas quelque chose de très actif, ce n’était pas quelque chose qui était dit, mais c’était quelque chose que je pouvais reconnaître, que je pouvais sentir quand je le vivais chez eux…

C’était des moments de grâces que leur père nous faisait partager…

Et finalement je m’étais rendue compte que pour ma copine, c’était juste des moments de vie, mais que pour moi, je ne pourrais plus retrouver ce paradis…

C’était un paradis perdu…

Même mon fils, il m’a dit récemment…:
– Non, ce n’est pas simple…

Parce qu’il y avait tout ce côté où j’essayais au maximum de créer cette chaleur, quand ils étaient enfants malgré toutes ces difficultés… Cette chaleur que j’avais vu à la boulangerie.

Il m’a dit :
– Maman ce n’est pas simple, quand tu deviens grand, après…
Bien sûr, il y a eu quand même tous ces moments de magie, mais après… Tu les perds !

– Oui, tu les vis sur le moment, et puis tu les perds…

A l’enterrement de la copine de ma sœur, son père, le boulanger est venu vers moi, et m’a dit…:
– Oui j’ai toujours voulu te dire, combien ce que j’ai regretté, combien j’ai été triste de t’avoir laissée quand il y a eu le drame avec tes parents… Combien je m’en suis voulu d’avoir laissé faire, de ne pas avoir tout de suite su ce qui se passait…

  • Parce que c’était moi qui aurait dû te prendre… Mais pourquoi je ne t’ai pas prise… ?

Mais pourquoi je n’ai pas réagi assez vite… Il aurait fallu que je fasse très vite, mais c’était à moi de te prendre…
C’était chez moi, que tu devais venir, c’était pas ailleurs !

Ça m’a beaucoup touchée parce que c’était une journée qui n’était pas simple pour lui… Il aimait tous ses enfants, et sa fille avait la même magie que lui… Sa fille, ça avait été sa première, c’était la plus brillante et il en était fier. Il y avait tellement d’Amour entre eux…

C’était la plus belle, c’est vrai… C’était la plus jolie et elle était archi-brillante. Elle avait tout pour plaire, tout !

Il n’y avait rien qui lui manquait à cette fille, rien du tout.

Je l’ai remercié, et lui ai dit combien j’étais touchée par ce qu’il me disait… Combien ça me touchait…

Alors Il a rajouté :
– Mais tu sais chez nous ça a été une grande tristesse… pour ta copine ça a été la première fois qu’elle a souffert dans sa vie, c’est la première fois que j’ai vraiment vu ma fille souffrir…
Elle a beaucoup beaucoup souffert de ta disparition, pour elle ça avait été terrible…

Il faut croire que ça lui avait fait quelque chose, pour qu’il me dise :
– J’ai beaucoup regretté…

Un jour à l’école, puisque j’y retournais… Ma copine m’avait dit :
– Une fois que tu étais loin je n’ai plus supporté ton père et quand il venait chercher le pain au magasin, j’en avais peur comme si je voyais un monstre…

Ce qui est très drôle, c’est que quand on est parti du buffet…
C’était un vendredi à 4 heures et demi, ils venaient tous de recevoir les salaires, et à 5 heures on est parti… Quand ils recevaient leur salaires à l’usine d’à côté, c’était la bourrée pleine au buffet…
Tous ces clients, ces étrangers, ces espagnols qui venaient… et quand Maman m’a appelée, il était 4h et demi…

Elle ma dit :
– Va chercher tes affaires, dans une 1/2 h ils viennent te chercher…Ton père t’a inscrit à l’orphelinat…

Alors les policiers sont venus… Ma mère est partie avec eux, et le policier qui haranguait mon père qui regardait sans comprendre depuis le perron du restaurant… Et pendant ce temps là, tout le monde était dehors… Tous ces clients qui rentraient dans le café…

Il y avait aussi la sommelière, celle qui m’avait aidée pour la bouteille, elle était là, et elle à dit à mon père :
– Oh… Ecoutez… Moi je ne peux pas voir ça… Faites moi ma caisse ! J’appelle mon mari pour qu’il vienne me chercher, car je ne peux pas supporter… Je ne sais pas ce qui va se passer chez vous maintenant, mais ça, je ne peux pas le supporter !

Et moi, je hurlais… je hurlais !

Ma sœur m’a raconté, je ne sais pas si elle avait pris la mesure de ce qui se passait, des conséquences qui allaient nous arriver…
Elle ne réagissait pas vraiment, mais tout le monde avait été peiné de voir ma détresse, d’entendre mes hurlements de désespoir, de devoir quitter le buffet… de devoir quitter mes parents, ma famille tous ces gens que j’aimais et qui faisaient partie de mon univers, de moi-même…

Et de savoir en plus qu’on me renvoyait à l’orphelinat…?

  • J’étais brisée…

Mon père avait été totalement dépassé par l’administration, par le juge administratif… Je ne sais pas pourquoi il avait décidé ça…

Mais il n’était pas le seul fautif dans toute cette histoire…

J’avais 13 ans…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *