<Enregistré les 06 Décembre 2014, 30 Octobre 2016,
et 08 Septembre 2021>
Le papa de Maman, j’avais aimé son visage… Il était très doux. J’avais trouvé qu’il avait un côté artiste, derrière son côté alcoolique.
C’était un artiste. Il était flétri par la vie, mais il m’avait touchée dans son cœur.
Par contre le père au Père, tu sentais un homme glacial… Tu avais l’impression qu’il tenait un château, alors qu’ils n’avaient rien de rien…
Il était fermier, et il avait dû placer mon père à 13 ans parce qu’il n’avait pas de quoi le nourrir et qu’il y avait une petite sœur qui venait de naitre… Mais il avait quelque chose en lui, tu l’aurais mis dans un tableau… Moi, je me souviens j’étais toute petite, mais j’étais tellement impressionnée par sa prestance.
Et sur son lit de mort, ce qui m’avait frappé, je crois qu’il avait 87 ans… C’est qu’il était toujours aussi fier, sans rides, sans rien…
Toujours avec cette beauté parfaite, une classe qui était gratuite…
Quand on allait voir nos grands parents paternels, on étaient tous habillés en costume folklorique…
On était tous les trois bien alignés assis sur le canapé…
Assis au bout, pour être vraiment droit.

On nous proposait un pain d’anis, mais comme il était sec… qu’il était dur comme de la pierre, on le faisait durer assez longtemps pour qu’on ne nous en présente pas un deuxième…(Rire)
Mon père arrivait avec son costume comme d’habitude… Il était toujours en cravate. Il était toujours impeccable mon père !
On était fier, hein… Ma mère aussi, bien arrangée, mais c’était vraiment :
– Je vous emmerde ! (Rire aux éclats)
C’était pour montrer sa réussite à sa mère… Voilà , et bien nous voilà, j’ai réussi… pour dire à sa mère, qui l’avait mis à la porte de chez eux…
Un soir aussi, quand il était revenu de son service militaire un week-end, alors qu’il pleuvait, elle lui a dit… mais vous n’habitez plus ici !
Ma grand-mère quand on arrivait sur le pas de porte, elle nous disait toujours :
Krassmen… es gibt bibeli… pas de bisous, ça donne des boutons…
Elle tirait les choses à elle. Elle était assez capricieuse, je ne sais pas comment elle était faite… Parce que pour l’époque, c’était rare que les gens parlent de leurs émotions, de ce qu’ils ressentaient…
Un jour, quand on était allé chez elle, alors que son mari, notre grand père, était à l’hôpital… Il y était parti pour une pneumonie, et elle nous avait dit :
– Aahh… J’espère qu’il ne va pas rentrer… J’espère que ça sera fini…(Rire) Je suis toute enfermée dans ce lit avec, mais je ne l’aime plus, qu’elle nous disait… Et elle parlait de ses émotions, elle parlait de choses que personne ne parlait à l’époque et elle avait toute sa tête !
Mais ouiiii… ! Elle avait passé 80 mais elle parlait de choses que personne ne disait…
– Oui mais à 80 c’était peut-être le contrôle de l’inhibition que ne se faisait plus…?
– Mais non, elle avait toujours été comme ça… mais par rapport à ses enfants, c’était très militaire… Mais celle avec qui elle était la plus laxiste, c’était avec la petite dernière… Celle pour qui mon père avait été placé à 13 ans dans une ferme…
Les garçons, ils étaient pour faire selon elle… Les garçons, elle les utilisait, voilà. Mais ma marraine de baptême, elle l’utilisait aussi, elle était tellement gentille et joyeuse…
Tu comprends, ma grand-mère avait dû se marier parce qu’elle était tombée enceinte de mon père, c’était lui l’ainé… Oufff… Sinon elle devait être assez gai comme femme autrement… Parce que ma marraine, la première fille, elle rigolait facilement et mon père aussi…
Celui qui était toujours triste c’était le petit frère de mon père, leur troisième enfant, mon parrain… Celui qui m’a légué le secret, avant de mourir…
Lui, il n’a pas réussi à vivre… Il est resté seul, pour s’occuper de ses parents jusqu’à leur mort, puis après il est parti les rejoindre.
Drôle de vie, tout de même…
Mais avec la grand-mère, on n’ avait pas beaucoup de contact, parce que c’était la mère de Papa, et soi disant qu’elle avait dit qu’elle n’assisterait pas à son mariage parce que c’était un méchant homme…
En fin de compte, il a fallu des années pour comprendre que ce méchant homme, elle l’avait placé dans une ferme à 13-14 ans pour travailler et leur ramener son salaire et qu’à 20 ans quand il était revenu qu’il ne savait pas où aller, elle lui avait dit :
– Mais vous n’habitez plus ici !
…Parce qu’ils se vouvoyaient en plus !
Mais elle espérait quoi ? Franchement… et ils nous ont fait gober ça pendant des années… C’était juste monstrueux !
Enfin, on n’avait pas de contact, et puis une fois qu’on avait quitté le restaurant, après le clash. Alors lui, il a recommencé à avoir contact, quand elle était malade. Ma mère et ma sœur, elles y allaient aussi… Ma sœur y allait pour lui faire les pieds et Maman, elle y a été pour la veiller sur son lit de mort… Elle allait la veiller la nuit et puis elle retournait travailler à la Migros le matin, elle prenait le train vers 6:00…
Moi, on m’avait même fait venir pour la trouver… Je me souviens, quand je suis rentrée dans sa chambre d’hôpital, elle était remplie d’appareil tout autour d’elle et elle faisait juste des petits signes de tête ou des yeux, comme ça…
Et ma sœur me disait :
– Avance, avance… tu vois bien qu’elle veut te toucher… Viens un petit peu vers elle…
Alors qu’elle n’aimait pas qu’on l’embrasse, que ça faisait des boutons…? Moi j’ai dit :
– Non mais ça va ou bien ? On m’a toujours dit que ce n’était pas bon, et là, tout d’un coup parce qu’elle est malade, c’est bien ?
Et quand elle est morte, c’était presque devenu une brave femme… Aaahhhh, on est où là ?
Avec le père c’était pareil quand il est mort… Il avait annoncé ses dernières volontés, il avait même mis dans notre porte monnaie qu’il voulait qu’on attende, je crois deux fois 48 heures, qu’il ne voulait pas de fleurs, qu’il ne voulait pas de ci, qu’il ne voulait pas de ça… pas d’église.
Et bien, non… on a tout fait !
Moi, je me suis fâchée, avec mon frère… je lui ai dit :
– Mais Il a dit pas de fleurs !
Alors on n’a pas fait de son vivant, qu’est ce qu’on va faire maintenant ?Qu’on respecte ce qu’il veut, nom de bleu…!
On n’a pas été présents, on n’a rien fait…
Alors pourquoi maintenant on va faire ?… parce qu’il y a les autres ?
Parce qu’on doit montrer une image ?
Mais c’était ça les Fribourgeois… Il fallait faire bonne façon !
Bon, je ne sais pas si c’était Fribourgeois ou si c’était Maman… ou mon frère. Parce que mon frère aussi, il est comme ça, la parade…!
Donc ils lui ont fait un truc… Moi j’ai trouvé ça totalement aberrant… Jusqu’au bout, il n’ont pas eu le moindre de respect, jusqu’au bout !
Il avait dit :
– Je ne veux rien !
Moi, maintenant quand je vais le trouver sur sa tombe, quand je vais pointer au chômage… quand J’ai envie de m’arrêter…
Alors je vais prendre une bougie, et je vais lui allumer une bougie.
Je ne vais pas y mettre des fleurs… Il a dit :
– Je ne veux rien… J’ai juste envie d’être face au lac !
…Voilà, C’est comme moi, juste face au lac !
Tu allumes une bougie, et tu la laisses brûler là-bas… Voilà.
Tu restes en connexion un moment, et c’est tout.
Tu apportes de la lumière parce que c’est la seule chose qui lui faut.
Où qu’il soit, qu’il reçoive la lumière, mais le reste ? Il n’a pas besoin…
Maintenant il y a cette prise de conscience, quand j’y vais.
Il y a lui et il y a aussi son frère qui a aussi souhaité d’être là-bas…
Dans la même fosse commune, et c’est aussi là-bas que j’irai, plus tard…

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