J’apprends à lire

<Enregistré le 13 Octobre 2013 et 14 Septembre 2016>

Quand j’ai commencé ma première année d’école, je suis arrivée auprès de Maman pour me faire la lecture. J’avais le livre de mon frère et de ma sœur, qui était déjà bien abimé… Maman s’est endormie en me faisant ma lecture, et lorsqu’elle s’est réveillée, elle a ouvert les yeux et elle m’a dit :
– …

Je sais bien qu’elle était fatiguée, mais elle a pris mon livre, elle me l’a tapé sur la tête et l’a jeté à travers la cuisine…

Je te dis pas dans quelle état était le livre… Toutes les pages s’étaient détachées… Ça avait volé partout !

J’étais complètement défaite, je suis allée le ramasser, et c’est une sommelière qui m’a rescotché mon livre… Alors le lendemain, j’arrive à l’école et évidement, je ne savais pas ma lecture… Donc la maitresse m’a pris devant tout le monde, et elle puis elle m’a fouettée… Devant tout le monde, sur les fesses en disant que je n’avais pas fait mes devoirs et puis qu’il fallait que je comprenne maintenant que j’allais à l’école, qu’il fallait faire mes devoirs ! (Emotion de tristesse)

Et voilà, j’étais punie… la honte. Celle là, elle m’a fait vilain…

C’est là que j’ai compris que je ressemblais aussi aux enfants du pensionnat Saint Joseph. J’ai senti, ce que pouvaient ressentir les enfants de l’orphelinat qui avaient été abandonnés par leurs parents parce que quelque part, ils avaient honte devant les autres…

Je pouvais ressentir, ce qu’ils avaient… une double peine.

Je crois que c’est en première année que j’ai pu me sentir comme eux…
Ce n’étaient pas de leurs fautes, ils n’y pouvaient rien du tout… que Maman, elle ne m’avait pas fait la lecture…

La deuxième année, par contre, quand j’ai commencé l’année, une sommelière française est arrivée pour travailler à plein temps au restaurant, et elle dormait chez nous…

Le premier jour d’école quand j’ai rapporté mes livres, je dis :
– Mais il n’y a personne qui veut m’aider à couvrir mes livres, je ne sais pas comment faire…?

Alors elle me dit :
– Mais viens, moi je vais t’aider à les couvrir, il n’y a pas de souci… Viens…

Alors elle me recouvre mes livres et puis elle me dit :
– Tu veux qu’on fasse un petit peu de lecture ensemble ?
– Oui, oui ! Volontiers…

J’étais toute heureuse. Oh ben super, il y en a une qui s’intéresse à moi… et elle va rester une année ?

Et à chaque fois, elle me disait :
– J’ai un petit moment, tu veux revenir faire de la lecture… ?

Et à chaque fois qu’il y avait un petit moment, elle me faisait la lecture… Alors tu penses, j’ai monté en flèche comme ça… (tschhhhiouupppp…) Ça monte, c’est super… !

Si il n’y avait pas eu celle là, j’aurais été illettrée, du moins presque…

Ah mais avec celle là, c’était super, parce qu’en fin de compte j’étais réjouie, je faisait mes phrases comme ça… Je faisais mes points, mes virgules… J’étais contente, elle me disait que c’était bien… Tu vois, c’était chouette, hein !

La maitresse de deuxième année avait commencé comme secrétaire, et avait continué dans l’enseignement… En fait, elle avait une toute autre vision du monde… Celle là, elle donnait des récompenses !

Elle avait la récompense des petites bagues, des petites choses et tout… Et le fait qu’il y avait une sommelière qui m’aidait à faire la lecture, je suis arrivée dans les hauts sommets, dans les premières de classe…!

Parce qu’on s’occupait de ma lecture alors j’étais arrivée tout en haut…
Il y avait une vision, il y avait quelque chose de magnifique, un regard…

Je pouvais m’exprimer, je pouvais être et devenir moi-même…

Mais à la fin de l’année, elle a annoncé qu’elle allait partir… Ça a été un grand désarroi, parce que c’était fini. Plus personne n’allait t’aider à faire tes devoirs. Plus personne n’allait t’écouter, plus personne n’allait être là… de nouveau, rebelote !

Et ça a fait comme ça… (Sifflement… et La main qui descend vers le bas)

En troisième année, quand celle là est partie, il n’y avait de nouveau plus personne… Et en plus, je suis entrée dans le clan de ma sœur, chez une maitresse qui me considérait comme son héritage, le double de ma sœur et avec qui, ça n’avait pas très bien passé…

Même si on était des opposées, elle m’a directement pris en grippe…
Ce qui veut dire que très vite elle a voulu me faire comprendre qu’elle n’aimait pas les filles du bistrot…

Je me souviens quand je reviens à la maison et que maman me dit…:
– Non, je ne signe pas !

Alors que l’office des mineurs était déjà passé te demander, comment et avec qui tu allais partir et on ne t’aide pas…?
T’arrives à faire un 4.29 de moyenne, alors que le 4 c’est la limite, hein… Non un 4.49 je crois… 4.29 ou 4.49…

…et qu’elle me dit, je ne signe pas ?
Ben là je me suis dit :
– C’est super… !

Et cette fois ci, il y a encore cette maitresse, une pouffe… une tête de berger allemand, si tu retournes demain à l’école… elle va te bouffer, elle va te tuer…(rire) Parce que celle là, elle te déteste, juste parce qu’avant toi, elle a eu ma sœur, et elle ne l’aimait pas du tout…

C’était deux têtes pareils…(clac-clac-clac, claquements de langue) ce qui veut dire qu’elle avait décidé de m’emmerder celle là, et elle faisait déjà tout pour m’emmerder pour commencer.

A peine je commence l’école, elle me dit que je n’avais pas mon livre de poésie, qu’elle ne savait pas où il était, que je ne l’avais pas rapporté… du coup elle me punie. Elle me donne une punition à faire, à copier tant de machins… Et elle me fait même, me mettre à genoux devant tout le monde devant l’estrade, parce que j’avais soi-disant perdu mon cahier de poésie…

Mais je me souvenais bien, j’avais encore le souvenir de lui avoir remis ce cahier de poésie…!

Ce qui veut dire qu’elle m’avait aussi brimée… et devant tout le monde, en disant que j’avais perdu mon cahier. Mais moi, je savais que c’était elle qui l’avait…

Alors en rentrant à la maison, je le raconte à Maman :
– Ecoute, elle m’a punie, mais c’est pas vrai !

…et Maman, elle ne bouge pas.
Alors j’ai joué la comédie, en disant que j’étais malade… et je suis restée trois jours chez nous, en mangeant de la soupe à l’avoine, enfermée dans la chambre, devant mon tilleul…
Mais je m’étais dit :
– Je n’irais pas à l’école, parce que je n’ai pas perdu mon cahier !
C’est elle qui l’a… Je le sais !

Et comme par hasard, mon cahier, il est réapparu… Elle me l’a redonné, comme à tout le monde un jour après…
Comme si de rien n’était… et on n’en a plus jamais reparlé !

Alors qu’elle m’avait donné une punition… mais que je n’ai jamais faite ! D’ailleurs elle ne me l’a pas redemandé ma punition, quand elle a vu que je n’étais pas venue pendant trois jours…

Mais elle m’avait quand même bien brimée devant tout le monde !
(Emotion) alors que finalement je n’y pouvais absolument rien…

Ce n’était pas juste, et je refusais totalement… l’injustice.

Drôle d’époque…
C’était avant mai 68 où beaucoup d’instituteurs brimaient les enfants devant les autres, mais eux mêmes l’avaient sans doute aussi été…

Elle m’a fait deux ou trois fois ça… Mais les deux trois fois où elle m’a donné des punitions, jamais je ne les ai accomplies !

Jamais, je ne les ai faites…!

Elle me refiche une punition, qui n’était de nouveau pas correct… Je ne sais plus pourquoi c’était venu… Elle me fait copier un truc, mais qui était complètement… Non mais tu sais… complètement débile… A la masse !

Mais quelque chose d’impensable… Je me souviendrai, c’était une page de géographie comme ça…(Geste lève le bras) et puis elle me fait copier 12 pages, 12 fois ! Enfin un truc, complètement…

Là aussi, je me suis dit, ben tu vas savoir ce que ça veut dire, la fièvre et ne pas me revoir, hein…(rire)

Alors j’allai finir par ne pas pouvoir manger, pendant quelques jours enfermée dans ma chambre, mais je m’en foutais totalement.
Dans ma tête, c’était clair qu’elle ne me reverrait pas…

Tu vois comment je prends la tête, moi ?

Très très petite… la troisième année…(Rire)
Je sais qu’il va falloir avoir une tête comme ça ! (Rire de fierté)

C’était, comment je vais devoir faire pour avancer, si personne ne m’aide. Il va falloir que tu gères toute seule…

– Ben oui, c’est comme la salade, hein…?
Quand on me met… Mon père me donne de la salade, finalement je ne mange pas de salade… et qu’on me trempe la tête dans l’assiette !
Parce qu’on trouve un scandale que je ne mange pas de salade… Alors finalement il finiront par me donner des tomates avec des oignons et du vinaigre… Le comble de l’intelligence !

Alors mon Père, comme c’était plein été, Juillet, des journées magnifiques, on ferme les volets et on me laisse dans la chambre… et on me dit :
– Tant que tu ne mangeras pas…

Une fois c’est mon Père qui se pointe… et puis après il lâche prise… parce qu’il se rend compte que c’était stupide, mais en fin de compte comme ce jeu était décidé par ma mère, c’est ma mère qui vient prendre la relève, en disant :
– Tu vas continuer…?

Et au lieu d’arriver plus douce, derrière en tant que mère, elle redouble en disant :
– Mais tu ne vas pas faire ta tête !

Alors tu vas comprendre comment elle pense… Enfin, tu vas plutôt comprendre que maman, quand elle se butte… là et bien c’est cuit !

Alors je me suis dit :
– Ah ben t’es mal partie, parce que tu feras ce que tu voudras, Maman : ça sera non, ça sera non !

Dans le temps, les enfants ils étaient dressés… Tu vas obéir ?tu vas obéir ! (mais ils avaient été élevés comme ça)

Mais tu crois quoi, que je n’étais pas battue ?

Battue avec son soulier… Elle me tapait dessus… Elle passait ses nerfs, parce que tu ne voulais pas baster… Jusqu’à ce qu’elle comprenne qu’en fin de compte… Non !
Et je revomissais dans son plat de tomates… et elle me retrempait la tête dedans !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *