Les croissants

<Enregistré le 12 Novembre 2016>

Chaque matin avant d’aller à l’école, j’allais chercher à la boulangerie d’à côté, vingt quatre croissants, vingt quatre petits pains, parfois douze croissants, douze petits pains… C’était des paquets tout frais, des immenses paquets…
Je mettais juste mon nez dedans pour sentir, mais j’avais déjà le cœur qui battait la chamade, parce que j’étais déjà coupable, puisque ça n’était pas pour nous…

Rien déjà de sentir, c’était déjà un péché… Nous on avait du pain d’hier ! Et j’allais aussi chercher un kilo de pain frais.
Des fois deux kilos… Mais le pain frais il était pour le restaurant.

Mon Père, il disait que ce n’était pas bon pour le ventre. Il ne fallait pas qu’on ait du pain frais dans l’estomac, que c’était très mauvais pour l’estomac…

Bon ben, voilà… On a grandi avec ça, quoi…!

Mais on sentait quand même cette odeur… Je ne sais pas comment ça se passait pour ma sœur, mais moi quand j’allais chercher… Je ne te dis pas !

Ça battait fort, quand je sentais cette bonne odeur… Hummmm…
La cuisine des boulangers, quand ils mettaient les petits pains ou les croissants, même si c’était des invendus, de la journée, à quatre heures de l’après midi, je regardais ça avec envie…!

Je sentais l’odeur… J’en avait mangé une ou deux fois, et j’avais tout le goût qui revenait dans ma bouche… Un délice !

Plus tard, là où j’ai habité avec mes enfants, il y avait une boulangerie où un des employés avait travaillé chez nos voisins, c’était les mêmes croissants… J’ai pu retrouver leur goût et combler ma frustration !

Mais bon… tu passes à côté puisqu’il disait que ce n’était pas bon…
Ah bien, non ! Je n’allais pas manger ce chni, hein…

Pour les enfants de la boulangerie ce n’était rien, mais pour nous… mêmes des petits ballons comme ça, c’était quelque chose !

Et bien, avec mes enfants, quand on allait en ville on ne mangeait pas une pâtisserie… Je leur proposais d’aller chercher un petit pain ou un ballon, parce que c’était un moment cadeau, pour apporter la joie avec peu de chose…

Mais comme nous, nous n’avions pas eu, alors pour moi c’était déjà énorme. Un autre, il voudra plutôt autre chose, comme avec leurs grands parents paternels, c’était plutôt la pâtisserie… C’était une autre réjouissance, un autre moment…

Mais entre nous, c’était déjà bien, on allait manger le gâteau aux pommes à la Migros… ou les marrons chauds, quand on passait en ville… C’était des petits trucs que nous n’avions pas eu, et que je trouvais que… voilà, ça me remplissait déjà.

Mais pour mes enfants, entre le statut de ce qu’ils faisaient avec moi et de ce qu’ils avaient avec leurs grands-parents… Ma fille, elle me disait :

– Je croyais qu’on était des gens pauvres…

Parce que pour elle, par rapport à ce que les autres vivaient, ce n’était pas le même statut… Pourtant elle avait tout, elle ne peut pas dire qu’elle n’avait rien.

C’était juste pas pourri, gâté à outrance, quoi !

Juste pas pourri gâté, une particularité de beaucoup d’enfants à l’heure actuelle…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *