Coucou, donnez moi trois sous

<Enregistré le 12 Décembre 2021>

Quand on allait chanter le 1 er mai, on chantait :

  • Coucou, donnez moi trois sous… autrement je vous tors le cou…

Non, c’était… (Rire) Non !… C’était pas ça…
On ne chantait pas ça… Donnez moi trois sous, autrement je vous tors le cou…(Rire)

On chantait ça quand on sortait entre nous, oui… (Rire)

Mais toutes ces femmes qui t’ouvraient la porte et qui disaient :
– Ahhhh, c’est la petite du buffet…!

Et bien finalement, une bonne partie de celles-là, elles étaient au Home où on va voir maman, ces dernières années…

C’est comme ça que je les connaissais… Je les connaissais du 1 er mai… ou à l’église, quand je les voyais, il y a 55 ans…

Mais c’était surtout le 1 er mai et que je savais où elles habitaient…

Parce que quand t’allais chanter, tu ne savais pas où tu allais chanter. Tu chantais, et tout d’un coup il y avait une porte qui s’ouvrait et :
– Oh… c’est celle-là, c’est celle-là !?

Et après quand tu les voyais à l’église, tu savais où elles habitaient.

Aujourd’hui, elles sont toutes au Home… Et maman qui pensait qu’elles avaient disparues… Non, elle ne les voyait juste plus à la fin, avec sa macula !

Mais nous on les reconnaissait, il y avait celle de Wallenried, celle du fond du village, celle-ci de l’autre côté… On les reconnaissait même après toutes ces années, toutes vieillies…

Il y avait un tas de monde… Dommage qu’elle ne voyait plus et qu’elle n’entendait plus, parce que autrement elle aurait eu du plaisir de les retrouver… Comme si elle était restée au Buffet…

Mais je pense que de n’avoir plus bien vu, plus entendu, ça lui a sûrement permis d’avoir eu une évolution intérieure, qu’elle n’aurait peut-être pas eu, si elle était restée dans le « Faire », dans le « Aider » à faire ci, ou à faire ça…

Elle ne se serait jamais arrêtée, Maman, si elle avait pu continuer à voir… C’est comme si elle avait dû devoir s’arrêter, et dire :
– Voilà, maintenant… C’est une autre page.

Comme la Sœur Emmanuelle qui a dit :
– J’étais prétentieuse… Parce que je pensais que je faisais toujours du bien pour les autres, que je les aidais…

Mais en fin de compte quand elle a eu 80 ans, quand sa mère supérieure lui a dit :
– Non non… Maintenant c’est fini ! Vous êtes ici au couvent…

Elle s’est dit :
– Oh, mais quelle horreur !

Elle, qui avait voyagé partout, qui avait rencontré tout le monde… Johnny Halliday, et tous les plus grands de la télé…(Rire) et la voilà coincée, au Home… au couvent !?

Mais plus tard, elle a reconnu :
– C’est là que j’ai vraiment appris à avoir la rencontre avec le Seigneur… C’est là que j’ai commencé à avoir cette rencontre intérieure… Par contre j’étais dans la discrétion, et quand t’es dans le calme c’est une chance aussi !

C’est pour ça qu’au bout d’un certain temps, tu diminues tout ce qui est « Extérieur »… Tu supprimes pour pouvoir avoir ta rencontre intérieure… Parce que si tu t’embarrasses de plein de matériels, tu ne peux pas avoir la rencontre…Tu es envahi…

Pourquoi dans les couvents ils n’ont quasi rien dans les chambres ?C’est pour avoir cette rencontre, pour finir… Sinon tu ne peux pas avoir la rencontre…

Et si tu rencontres un tas de monde…? Même chose…

Donc finalement, c’est comme si tu dois avoir un retour, à un moment donné avec ton monde intérieur…

T’as vu ta maman ?
Elle a tout lâché aussi… Matériellement, elle a tout enlevé.
Et Pourquoi ? Parce qu’elle sent qu’elle a cet appel intérieur !

Tu vois la tombe de ton père, elle est complètement kitsch chic… Mais aujourd’hui elle sait que ce n’est pas important, ce n’est pas ça…

Ce n’est pas la matière, ni le matériel qui compte.

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