<Enregistré les 19 Novembre 2013, 28 Aout 2014 et 14 Septembre 2016>
En rentrant de l’école, il a bien fallu que je montre mon carnet à Maman pour qu’elle le signe…
– Voilà… Comme ton carnet n’est pas bon, je ne le signerai pas… Ben ma foi, va chez ton père !
Alors que je n’avais pas le droit d’aller vers « Le Père », mais là parce que ma note était descendue de 5.3 à 4.3, je devais aller le faire signer par « Le Père » ? Alors là-dessus, je me suis dit :
– Ah bon, c’est comme ça que tu fais avec moi ?
C’est ma troisième année… Ah, et c’est comme ça…
Alors tu m’enlèves tout le territoire d’avec « Le Père », je dois être là uniquement avec toi, et en plus de ça tu me fais des menaces…?
Tu sais, l’école c’est important pour moi !
Déjà que tu ne veux pas m’aider… Tu ne veux jamais !
A chaque fois que j’ai un souci…tu ne veux pas regarder, tu ne t’arrêtes pas cinq minutes, et là tu me juges ?
Au lieu de dire :
– Oh, je suis vraiment désolée, c’est vrai, j’aurai dû t’aider…
Le trimestre prochain, je vais faire attention, hein ?
Alors je lui ai dit :
– Tu vois… Cécile, la sommelière de l’année dernière, elle n’est plus là… alors qui c’est qui m’aide cette année ?
– Non non, mais tu crois que je vais accepter ça ? …qu’elle continuait.
Maman, elle ne nous suivait pas. Elle était sans doute dans son monde après le décès de sa mère, elle se réfugiait dans le « Faire » et ne s’occupait pas de nous.
J’avais dépassé le stade du deuxième… de celui qui avait fait de la prison… Le premier n’avait pas fait de prison, et déjà là, j’avais eu une prise de conscience… Il me restait un trimestre à faire, alors je me suis dit :
– T’affole pas…
Quand t’es dans cette position, depuis ta troisième année…
Depuis ta troisième année, depuis ma troisième année…!!! (Emotion)
Dans ta troisième année, quand tu demandes, encore on te dit :
– Ah ben… On ne signera pas ton carnet, parce que tu ne vas pas bien, et c’est quoi ces notes ? …Hein ?
Et qu’en plus tu as l’office des mineurs qui vient t’interroger pour savoir avec qui tu vas partir et suite à tout ça, tu reçois tes notes, évidement qu’elles chutent… Et on te dit :
– Et bien Non… Je ne signerai pas ton carnet, débrouille toi !…
Et puis ton père, il te déteste… De toute façon lui, il ne te signera pas…
Voilà, démerde toi…
Alors tu comprends :
– Système D, Débrouille toi par toi même, c’était le mantra de Maman !
Alors je suis retournée dans ma chambre et je me suis dit :
– Et tu crois que Moi, je vais accepter ça… maintenant ?
Et bien, moi non plus, je ne vais pas accepter ça, Maman !
Et tu ne vas plus me faire ce chantage.
Tu ne vas pas être comme ça avec moi, car je suis la première à t’aider à chaque fois qu’il y a quelque chose… Mais si encore en plus de ça, tu viens contre moi… Non, ça ne va pas !
Alors toute la nuit, tu fais sa signature et tu te dis :
– Dorénavant, c’est bon… J’ai compris, je signerai moi-même…
Tu ne pourras plus me dire, c’est bon ou c’est mauvais… Voilà !
Alors je comprends très vite qu’il faut se débrouiller, qu’il faut commencer à se servir, qu’il faut être « Démerde », hein…!
Qu’il faut y aller…
Alors jusqu’à minuit, j’ai décalqué sa signature, décalqué, décalqué, décalqué… Et à minuit, j’ai dit :
– C’est bon ! Je peux signer le reste avec sa signature…
- J’avais 9 ans…
Car mon père quand il faisait ses comptes, il avait du papier décalque dans son tiroir, là où il rangeait ses affaires. Je le regardais souvent faire, parce que je faisais mes devoirs derrière et je regardais comment il fonctionnait.
Donc je suis descendue le soir, il faisait nuit… très très doucement, et j’ai été fouiller dans ses tiroirs. J’ai trouvé les papiers décalques, je suis remontée sur la pointe des pieds. Je me suis installée sur le billard, puisqu’on n’avait pas de table dans notre chambre, et je me suis dit :
– Maintenant il va falloir que tu décalques des pages, des pages, allez, allez, allez…
Et tout d’un coup, après en avoir fait une centaine, ben voilà… Ben maintenant tu y es… tu peux y aller… Tac, tu peux signer, tu y es !
Et au petit matin… Quand je suis allée la voir pour me faire coiffer, car chaque matin avec ma sœur on allait faire coiffer notre chignon, et mettre notre petit ruban rouge… Chaque matin, il y avait ce rituel, j’allais la réveiller, je toquais à la porte…
Elle dormait encore dans la chambre avec mon père… Oui, elle était encore avec mon père… Je vais toquer, et c’est mon père qui vient ouvrir la porte, et comme d’habitude, elle me fait mon chignon…
Elle ne me parle pas, elle ne pipe pas un mot, elle prend mes cheveux et à la fin de mon chignon, alors que je ne m’y attends pas du tout et que je ne demandais plus rien, elle me dit… mais tu sais d’une manière… ahhh… Comme si elle parlait… je sais pas comme si elle parlait à un vampire ou bien à je ne sais pas qui… D’un air comme si tu allais assassiner quelqu’un… Je ne te dis pas, c’était fort…!
– Allez, ton carnet… Va chercher ton carnet…!
Et là, je lui dis tranquillement :
– Plus besoin, Maman ! Plus besoin… c’est fait, c’est signé.
Et ça ne sera plus nécessaire Maman, je sais faire ta signature maintenant…(Rire)
Alors je te promets… et Il y avait mon père qui était encore à côté…
Je pense qu’il ne dormait pas, il écoutait…
– Comment… ? Comment c’est signé…?
Je lui dis :
– Mais tu crois quoi, Maman…? A chaque fois que j’ai un souci, chaque fois que je viens vers toi, tu me remballes…
Tu n’as jamais un moment pour m’expliquer, pour regarder, mes devoirs, jamais…!? Et là, tu veux juste mettre ta signature ?
Alors j’ai exercé ta signature, j’ai décalqué ta signature toute la nuit, et maintenant elle est faite !
Je sais faire ta signature, Maman ! C’est bon.
Elle me redit :
– Va chercher ton carnet pour me montrer…
– C’est signé… et tu ne vas pas me dire que c’est fait ou pas bien fait, maintenant, c’est trop tard, ça m’a valu toute la nuit et je suis naze, fous moi la paix…
Dorénavant c’est moi qui signe… Va te faire voir ! que je pensais…
Parce que je te demande souvent comment faire un problème quand je ne sais pas le faire, et tu me dis toujours :
– Ne m’embêtes pas avec ça…
Je te demande de faire de la lecture, tu me dis :
– Ne m’embêtes pas avec ça…
Et maintenant tu veux me dire :
– C’est bien ou pas bien mes notes ?
Mais moi maman, je veux bien t’aider pour servir, et pour t’épauler, puisque tu n’y arrives pas…
Mais mes soucis, maintenant je les règle toute seule…!
C’était ça… Mes soucis je les règle toute seule…! (Emotion de tristesse)
Oui, J’avais déjà compris que sur elle je ne pouvais pas compter…
Je vivais des choses dramatiques, déjà à l’âge de 10 ans… et je comprenais que je ne pouvais pas venir chez elle…
Je ne pouvais pas les lui exprimer, je ne pouvais pas les lui dire…
Elle n’était pas là !…
Tu vois ce que ça donne comme résultat ?
Ah c’est super la confiance aux adultes…
Après il y a eu la seconde étape à passer…
C’était avec la prof de conne, celle là !
Celle qui me fichait des punitions à la con, il fallait voir si ça passait, si elle allait découvrir si c’était moi ou pas.
Et là, elle n’a pas découvert que c’était moi… Alors je me suis dit :
– Si cette pétasse à la con, cette connasse, si elle n’a pas découvert, c’est que t’es bonne, excellente !
Et c’était passé, avec la connasse… Alors je me suis dit :
– Allez, t’es bonne ! …Oui, J’ai pensé tout ça ! (Rire)
Mais je ne sais pas jusqu’à quelle heure de la nuit j’avais dû repasser, repasser, repasser, jusqu’à ce que j’ai décidé que, oui c’était bon… Tu en fais 100, et puis oui, c’était bon !
Fallait y aller, hein… J’avais 9 ans, 9 ans… !
Après tu sais, on a eu un professeur, avec qui tous les soirs on devait faire signer les devoirs pour voir si les parents avaient regardé… Alors je continuais de signer à sa place…
Chaque soir je signais à la place de maman…
Elle aurait signé sans regarder, alors non…
Je signais mon machin Moi-même !
Et quand elle est partie plus tard à l’hôpital, elle m’a dit…:
– Tu ne signeras pas, hein ! Je vais à l’hôpital… Ils sont tous au courant…
Mais c’est vrai je n’ai pas confronté, parce qu’au fond… J’aurai du aller vers le prof et dire…
– C’est pas la peine qu’ils signent, parce que de toute façon personne ne regarde nos devoirs… pas savoir.
Je la préservais…
– et aussi peut-être de la honte que tu pouvais avoir vis à vis de l’extérieur…?
– Oui c’est sûr, parce que tu commences ta première année, que tout le monde a sa maman, qui est là… et que la tienne elle n’est pas là. Quand il y a des festivités, il y a tout le monde qui sont là et toi, tes parents ne sont pas là… Je me disais… :
– Mais pourquoi ?
– Les enfants ne comprennent pas…
Oui, c’est pourquoi, avec mon ex-mari j’ai préservé aussi mes enfants, et à faire attention à eux…
Alors bien sûr, Ils ont eu de la chance… J’avais eu tellement l’habitude de m’effacer et de faire attention aux autres, l’habitude de savoir que l’autre ne supporterait pas…
C’est vrai, Maman, j’aurai dû la mettre face au monde… mais j’avais 9 ans !
Plus tard, avec ma marraine de confirmation, chez qui je devais aller faire signer mon carnet quand ma mère est partie à l’hôpital, et comme je ne pouvais pas délibérément signer alors que tout le monde savait qu’elle n’était pas là… En plus, ma marraine faisait partie de la commission scolaire, alors je lui avais dit que c’était moi qui signait… Elle avait regardé les pages précédentes, et elle savait par la suite…
Mais elle m’avait dit :
– Mais comment, c’est toi qui signe… !?
– Ben oui, Maman elle ne regarde pas mes devoirs, elle n’a pas le temps, que je lui ai répondu !

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