<Enregistré le 15 Septembre 2014>
J’ai oublié mon corps, c’est ce que m’avait dit ma thérapeute, il n’y a pas si longtemps…
Tu vois quand on nous mettait en quarantaine, la seule chose que j’avais en face de moi, c’était le tilleul… Et aujourd’hui, quand je vois un tilleul, ça me marque toujours… Le tilleul… !
C’était une force de vie, et puis là devant lui, tout se composait.
Il y avait cette nature qui était en face de moi et il n’y avait rien d’autre… Voilà, ça s’arrêtait à ça.
Il n’y avait pas de tableau dans la chambre, rien. Absolument rien. Rien du tout.
La seule chose que tu avais à manger, c’était de la soupe à l’avoine… C’est tout, et si tu voulais manger autre chose que de la soupe à l’avoine, c’était que tu étais guérie…
– A ce moment là, tu apprends plus à vivre dans le psychisme que dans le physique… non ?
Mais pourquoi ton frère et ta sœur, n’ont pas développé ce côté, ils n’ont pas été mis en quarantaine ?
– Je pense qu’ils ont eu la même chose, à mon avis… Mais mon frère et ma sœur, le fait qu’ils n’ont pas été mis dans une pouponnière toute leur première année… Et puis dans leur thème, ils n’avaient pas l’Amour Universel, cette planète de l’Amour… Alors ça leur a donné quelque chose d’autre.
Parce que je les regardais toujours, mon frère et ma sœur comme des bêtes curieuses… J’étais tellement différente d’eux.
– C’est parce que leur MOI avait été installé dès leur première année d’enfance, contrairement à toi ?
Et quand on les mettait en quarantaine, ils devaient être en rébellion, en colère car leur MOI ne devait pas être d’accord…
Alors que toi tu devais sans doute être dans l’acceptation, comme tu avais déjà vécu ça toute ta première année… Car à la pouponnière, ils ne devaient pas non plus s’occuper beaucoup des enfants, à part pour les langer… Puisque tu disais que même pour les biberons, ils les calaient dans la couchette tellement ils avaient de bébés… Non ?
Oui, car nous étions des bébés qui n’étaient pas levés… On était tous laissés couchés dans ces couchettes…
Les sœurs avaient dit au bout d’une année…
– Maintenant ça ne va plus, elle veut se lever !
On ne peut plus la garder, ça allait tant qu’elle restait couchée mais maintenant, nous ici, ça ne va plus…
Ils étaient très ennuyés avec moi, parce qu’ils me laissaient couchée et moi je voulais me lever, regarder partout…
– Et avec cette identité cassée, tu t’es construite totalement de manière différente...
Tu disais que tu souffrais d’abandon… Est ce que c’était de l’abandon dont tu souffrais, ou de la non identification du MOI ? L’abandon il se situe à partir du moment où tu ne fais plus partie du groupe… là-bas tu faisais partie du groupe de bébés, même s’ils partaient tous les uns après les autres… Il n’y avait que toi qui était restée aussi longtemps… Quand tu dis : abandon, abandon, tu devais sans doute trouver plus des sensations de Non existence, comme tu étais laissée seule…
Oui c’est ça, de la non existence… C’est le face à Toi-même, sans le regard des autres… Le grand vide.
Et je retrouve dans cette quarantaine, devant ce tilleul, ce vide que j’avais eu à la naissance, car le lendemain :
Clac… On t’as mis au monde, on t’as sorti du ventre et allez hop… On ne fera pas avec ça, on te place… Fini !
Voilà… On se débarrasse de l’objet encombrant.
Il y a quand même un sentiment d’abandon, puisque quand le bébé est dans le ventre, il entend les battements du cœur de sa mère, et sa voix… Puis après, il n’y a plus rien… plus rien derrière !
J’ai bien vu avec mon fils, quand il est né prématuré en 1989, quand il était en couveuse, lorsque j’arrivais et que je m’approchais… même sans bruit, il se réveillait comme par magie… Et quand je lui avais laissé un T-shirt avec mon odeur pour qu’il ne se sente pas perdu, quand je partais… Il s’était même glissé dessus tout seul sans ouvrir les yeux…
- Il me sentait… il me cherchait.
Mon frère il avait même dit à ma mère:
– Que j’ avais eu de la chance d’être allée en pouponnière…
Ma mère l’avait vite repris :
– Mais nom de Bleu, il faut arrêter de dire n’importe quoi…!
Elle m’avait bien dit :
– Moi, quand je venais te voir une fois par mois… ben, je ne venais pas te voir pour toi, je venais pour payer… Ils gueulaient parce que je n’avais pas payé, alors je devais me dépêcher de venir régler tout ça… Et quand je venais, heureusement que tu avais ta tache, autrement je ne t’aurais pas reconnue…
Bien sûr que j’étais triste de ne pas pouvoir reprendre cet enfant, mais ça me passait par dessus la tête… Il y avait trop de boulot, trop de choses… Je ne pouvais pas être partout !
Elle était dans le devoir, et elle me le disait clairement :
– Ce n’est pas que je ne t’aimais pas, j’étais vraiment désolée, mais ma foi, cet enfant… Et tout d’un coup je réalisais qu’il fallait déjà retourner aller payer, car un mois était passé… Mais si je n’avais pas dû y aller pour payer, je n’y serais pas allée non plus…
Elle me le disais clairement, et elle n’a pas menti… C’est comme à 13 ans, quand Maman, m’annonce :
– Voilà, la police va venir te chercher… Voilà, il faut partir…
– Ah bon ? Ok ben merci…T’habites où ?
Mais je ne lui en veux pas, elle avait aussi sa charge.

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