L’hôpital…

<Enregistré le 30 Août 2014>

J’avais 11 ans quand Maman est partie à l’hôpital, parce qu’elle avait un fibrome… Et une copine à l’école, Fatima… ils étaient 11 enfants, elle me dit :
– Mais qu’est ce qu’elle a ta maman ?
– Elle a un fibrome… Elle va aller à l’hôpital et ils vont lui enlever un fibrome.
– Ah… ben la mienne elle a eu la même chose… Elle y est allée, mais elle n’est pas revenue, hein… Elle est morte.

… Et ils étaient 11 enfants !

Et elle rajoute :
– Tu verras, elle ne reviendra pas…

Tu penses que j’étais rassurée, déjà qu’elle m’avait dit pour les pantalons… On ira t’acheter des pantalons, avant que j’aille à l’hôpital…
Ooh super, merci beaucoup… Je suis très contente, je me réjouis beaucoup de porter tes pantalons, ça sera les pantalons du deuil… Parce qu’en fin de compte, sa maman, elle était morte…
Tu peux imaginer comment j’étais…?

Le premier soir quand elle est partie à l’hôpital, mon Père a fait de la polenta… Oui, Ils ont fait de la polenta, avec des oignons… Mais moi je ne mangeais pas la polenta et comme quand je n’obéissais pas, alors on me trempait la tête dans l’assiette… Evidement, j’ai vomi dans l’assiette…
Il a été au local, et m’a dit que je ne mangerai pas… Alors ce soir là je suis allée au lit sans manger…

Tu vois un petit peu, alors que ma mère venait de rentrer à l’hôpital et qu’elle devait se faire opérer…?
Ce jour là, j’étais complètement défaite…

Le lendemain quand je suis revenue de l’école et qu’il fallait manger. Il a vu que je n’allais de nouveau pas manger… J’étais bloquée…
En plus, je n’avais pas l’habitude de côtoyer « Le Père »… jamais !
Je n’avais pas de contact avec lui.

C’était fini, la guerre était déclarée…(Rire) et de toute façon s’était la fin des haricots, ma mère allait mourir…

Quand Maman était là, on se servait à manger ce qu’on voulait, mais là… je ne pouvais pas manger, et on me disait :
– Mais, faut manger, faut manger…! 

La journée avait commencée comme ça et le soir de nouveau :
– Faut manger, faut manger…

Et là, contre toutes attentes… Quand il a vu que j’étais vraiment chagrinée :
– Viens manger… C’est moi qui vais te faire une côtelette, avec des frites…

Parce qu’il savait que j’aimais les côtelettes… On n’avait pas souvent le droit à des côtelettes, hein… C’était rare, c’était marqué sur le toit…
– Si tu manges ta côtelette, on ira voir maman à l’hôpital…
Tu manges et quand tu as fini l’école, je viens te chercher à 3 heures 1/2 et on ira trouver maman… Mais il faut que tu manges !

Je m’en souviendrai toujours, car c’était quelque chose…
J’étais vraiment contente, parce qu’il avait fait quelque chose pour moi, et on avait pu aller la trouver à l’hôpital.

Ça avait été quelque chose, un événement !

Je me suis dit :
– Oh ben maintenant il me fait une côtelette…?
Oh là là… Je m’étais rendue compte, qu’en tout cas il était gentil avec moi… Il essayait que ça se passe bien…

Mais je me suis quand même dit :
– Mais s’il me fait une côtelette ?… Ce n’est peut-être pas bon signe…
Ça veut dire qu’elle va mourir…? J’étais toujours pas rassurée.

Mais il m’avait dit :
– Je viens te chercher après l’école…

C’est la seule fois où mon père m’a fait ma côtelette à manger, et qu’il est venu me chercher après l’école :
– Viens on va à Fribourg, on va trouver maman !

Quand je suis arrivée là-bas, Maman bien sûr, elle était avec tout ces tuyaux, ces machins… Tout était en blanc et quand je suis sortie, il m’a dit :
– Ne t’inquiète pas… Ça va aller, c’est normal, elle vient de se faire opérer… Tu as vu ? Elle est vivante !
Il avait essayé de me rassurer en me disant, ça va aller…

Alors qu’avec Maman c’était :
– Touche pas… Non… T’as pas le droit.

Mais là, le fait qu’elle était loin, il était quand même venu vers moi…

Pendant le temps que Maman était à l’hôpital… Je peux dire il avait été très gentil avec moi, le reste du temps il avait fait très attention que je mange, et que ça se passe au mieux.

Alors que finalement, on m’avait toujours dit…
– C’est la guerre avec lui !
Non Non… ce n’était pas la guerre. Il était gentil… et quand ma mère est rentrée, le truc a repris.

C’était maman, elle avait repris le pouvoir et les rênes…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *