Les attentes

<Enregistré le 07 Août 2014>

J’avais 10 ans, la cuisine était restée en désordre, et Francisca n’était pas là… Comme Maman ne pouvait pas être à la cuisine, puisqu’elle venait de partir pour s’occuper de la salle du restaurant…
Je me suis dit :
– Ben tiens, je vais lui faire plaisir… Alors je me suis donnée de la peine de ranger la cuisine et de tout faire… Donc j’ai rangé à ma manière, et j’ai mis longtemps à ranger…

Je la rappelle, et je lui dis :
– Regarde Maman, j’ai tout rangé…

J’étais tellement contente… mais j’attendais juste qu’elle me dise « Merci » et qu’elle me fasse un bec.
Qu’elle me dise :
– Oh merci, oui tu m’as vraiment soulagée…

Elle a regardé et elle a dit :
– Aahh… oui, je dois y aller, et elle est retournée au restaurant…

Je me souviens que ça avait été mon premier crève-cœur…

Je me suis dit… :
– Alors tous les dimanches, tu sers dans la salle du bas pour les arranger, et en fin de compte, tout ce que tu fais, ça ne leur fait rien ?

Alors depuis là, j’ai commencer à observer… Et je me suis rendue compte que Maman ça ne lui faisait rien, quand je faisais quelque chose, il n’y avait pas de reconnaissance, je n’existais pas…

Alors après j’ai appris à servir, pour moi !
Parce que j’aimais… et j’ai pris conscience que j’aimais, et que je ne le faisais plus pour elle, mais que je le faisais pour moi, c’était fini…

Il y a eu un deuil, un grand deuil. Mais j’avais compris qu’en fin de compte si j’avais fait c’était parce que j’avais une attente…

Et là, je m’étais dit :
– Oui, t’aurais bien aimé qu’elle te fasse un bisou, qu’elle te prenne dans les bras qu’elle te dise qu’elle était contente…

  • Ben non, rien… Nada !

Quand une personne fait pour faire plaisir, c’est qu’il sait qu’il va avoir une récompense, un bisou… et j’en avais besoin. Mais aussi de savoir qu’en fait, que je comptais pour elle…

Et avec mon ex-mari, quand je faisais partout, j’avais aussi des attentes… J’aurais aimé qu’il me dise :
– Ecoute… Non, tu ne peux pas faire le souper, porter les enfants, et donner le biberon en même temps… Donne moi cet enfant, je vais lui donner le biberon, pendant le temps que tu fais à manger…

Parce que tu vois, quand tu rentres du salon de coiffure, que tu as pris les deux enfants avec toi et tout… tu es fatiguée.

Et puis je l’ai regardé et puis je me suis dit :
– Mais il est fait comment cet homme… ? Mais tu es sûre que c’est un être humain ?

Et plus je commençais à regarder, et plus je me disais…
– Non… Et bien, quand tu vas te coucher… Ben, touche moi pas, hein !
Plutôt envie de lui ficher un coup de pied, Oui… !

Et là, je pense que c’est vrai, je pense que j’avais aussi ma part de responsabilité…

Ce qui me fâchait surtout, c’est que si en faisant les choses je ne lui avais pas dit, il n’aurait pas pu savoir, mais je lui disais…
– Tu peux me prendre notre fils ou notre fille pendant que je fais à souper ?
Tu vois j’ai de la peine à faire deux choses en même temps, s’il te plait tu t’occupes d’elle, ou bien tu t’occupes de lui ?
…Tu le prends ?

Si je ne lui avais pas dit… J’aurais compris, j’aurais été comme la plupart des femmes qui n’expriment pas, qui attendent et quand ça ne vient pas sont en colère après leur mari !

Je me serais dit… T’es une rêveuse.
Mais je lui disais :
– S’il te plait, je suis débordée… Je lui demandais !

Et il me disait…
– Aïe, aïe… Arrête de te plaindre, ben… je vais lire mon journal.
Voilà… Frotte les mains… Je vais lire mon journal… Fout moi la paix !

Si je n’avais rien dit, je n’aurais pas été dans le juste, j’aurais été comme les femmes qui rouspètent et qui ne demandent pas…

Mais ce n’était pas le cas !

Et quand le soir il disait…:
– Bon… on va coucher ?

Alors je lui demandais… :
– Tu peux aller coucher ta fille ou ton fils ? Comme ça on va coucher ensemble… 

Mais c’était…
– Aah ? Bon… je t’attends…

Alors tu peux m’attendre longtemps que je me disais…

  • Va te faire foutre, espèce de connard !

Mais là, j’étais dans la même vibration que j’étais ces derniers temps quand j’arrivais au bureau, et qu’il me disait quelque chose et que je me disais en moi-même… :
– Connard !

Cette vibration qui n’était pas la mienne…

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