Mon salon

<Enregistré le 26 juin 2014>

Le besoin d’appartenir à un groupe ?
J’avais bien compris dans mon salon de coiffure, qu’il fallait mettre les groupes ensemble.

Pourquoi j’avais compris qu’il fallait ?
Je vais bien te dire… je l’avais compris au restaurant de mes parents.

Il y avait le bistrot où les gens populaires venaient, et il y avait la salle à manger où c’était un autre service et là, on mettait les nappes blanches et il fallait servir comme ça… avec classe.

J’avais compris que le Week-end, il y avait ceux de La Chaux-de-Fonds qui venaient, les horlogers et qu’il y avait les paysans et les ouvriers la semaine. J’avais compris dans ma tête qu’il y avait certainement deux prix aussi, et qu’il fallait gérer ça séparément mais surtout qu’il fallait laisser les groupes ensemble. Que ceux de La Chaux-de-Fonds allaient à la salle à manger, bonne classe et les autres au bistrot…

Alors chez moi, je plaçais Mme de Bosset, en même temps que d’autres gens aisés, pour qu’elles se sentent vraiment bien, et qu’elles se rencontrent…

Qu’elles aient juste le temps de se rencontrer, de se croiser, le temps que je finisse la caisse et quand je commençais la caisse, je plaçais une autre… et je changeais !

Tu changes toujours avec les femmes de même catégorie, comme ça, tu attires toujours un petit peu plus d’autres personnes… Comme ça Mme Pfaff pouvait dire à Mme Cartier :
– Ecoutez moi, je vais chez Isabelle coiffure, là-bas… et en plus vous parquez facilement… et taratata.

Parce qu’elles aiment se retrouver dans un lieu où elles peuvent assurer, surtout si elles y ont déjà rencontré Mme Favre et qu’elles rencontrent régulièrement aussi Mme Machin ou Mme Truc…

Alors comme elles en ont déjà rencontrées quelques unes, puisqu’au préalable tu les as déjà fait se retrouver, elles ne vont pas se tromper…
En plus, tu sais que c’est l’autre qui lui a dit qu’il fallait venir chez toi, alors tu la planifies aussi dans les jours où elles se retrouvent… C’est ça ce qu’elles attendent !

Mais le jour où tu l’as mis, tu n’en mets surtout pas une autre, hein !
Comme ça il n’y a pas de croisements possible, il n’y a rien du tout.

Le samedi, c’était les gens qui voulaient se rencontrer, avoir les croissants, le café, et qui voulaient discuter, arriver ensemble, avoir des mèches, et discuter avec les autres. Elles voulaient prendre leur temps pour se retrouver, avoir une famille et partager leurs ressentis sur des coiffures…
Et ça discutait sec… T’as vu ci, t’as vu là…

Elles voulaient du temps pour elles. Le samedi c’était réservé pour ces rendez-vous…. J’étais à l’écoute de chaque personne et je leur préparais un moment rien que pour eux…

C’est ça le commerce, mais quand j’ai mis Béa et l’autre coiffeuse Mimi, la super plante, mannequin aux cheveux ondulés, bouclés, blond cendrés jusqu’en bas du dos… 1 mètre 73 – 1 mètre 75, mince, classe de classe et bien celle-là, elle a été balayée en une-deux, par les clients, les gens m’ont tout de suite dit, mais… zéros de zéros !

Par contre Béa qui est venue après, elle faisait de l’excellent travail mais mes clientes m’ont toutes dit, il n’y a rien à dire sur le travail, mais ce n’est pas vous, hein… Ah ben non alors !
Ce n’est vraiment pas vous, mais il n’y a rien à voir… Avant on venait avec plaisir, c’était tellement chaleureux !

C’est pour ça que quand je suis partie en Amérique, j’ai du vendre, car je savais que ça tomberait !

Celle qui a repris après, c’était une femme « De » elle a pris ça pour s’occuper, son mari avait la signature à la banque…
Elle n’a jamais pu faire marcher le salon, pourtant elle avait mis des belles choses haut standing… mais ce n’était pas ça que les clients demandaient, mais une fine écoute, c’était autre chose…

Moi, je leur apportais leur rêve, et celles qui n’aimaient pas ça, qui voulaient des choses bâclées, elles venaient une fois, et elles ne revenaient pas.

Elles ne pouvaient pas faire marcher mon salon… Mais à l’époque je n’avais même pas compris pourquoi, et je me disais…
– Mais pourquoi elles ne peuvent pas faire ?

Parce que dans mon salon, chacun s’imaginait être dans un lieu où le travail était fait pour elle, pour sa classe…

Parce que Je le vaux bien… en quelque sorte !

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