<Enregistré le 08 Octobre 2016>
Comme ma fille avait été depuis bébé dans le parc, dans mon salon de coiffure, le premier mot qu’elle a dit c’était « A-ttends », tend, tend…
Après, c’était ba-beille, ba-beille… Oui ba-beille, le temps que je comprenne que c’était Isabelle… Non, non… C’est Maman… !
Après ça, on l’a mis dans le youpala… Mais tu vois le youpala, elle pouvait faire le tour du couloir, de la cuisine… Elle pouvait se balader… Donc comme je coupais les cheveux… Et bien les cheveux, ben ma foi tant pis… Je les enlevais quand j’avais fini la coiffure…
Et elle savait que les pourboires, c’était pour elle… Elle avait un cochon et les gens lui disaient :
– Tu vas chercher ton cochon… ?
…Alors elle allait chercher le cochon et ils lui mettaient le pourboire dans son cochon… Elle a su très vite, dès qu’elle a pu commencer, on venait vers elle…
Enfin c’était un suivi, mais elle savait depuis toute petite qu’elle avait son cochon… Alors tu vois, tout le temps où j’ai eu mon salon de coiffure, il y a eu quand même du temps jusqu’à ce qu’il y ait eu mon fils, et c’était à fond… Donc il y a eu des années, et quand elle a été plus grande et qu’elle a su marcher, elle avait son petit cochon au corridor… Alors, elle a eu beaucoup de pourboires, hein…!
Elle a eu un bon petit carnet, elle… Et c’était toujours chez Elle.
Mais c’était fait très gentiment, parce que c’étaient les clientes qui lui disaient :
– Tu vas chercher ton cochon ?
Elle était parmi le monde, elle était avec les gens… Il n’y avait pas d’angoisses, pas de stress…
Enfin je me souviens au début pour me décharger, quand je l’ai mis avec Madame Fontana, et qu’elle venait pour la chercher, ce n’était pas la joie… Mais Madame Fontana, elle avait bien fait ça… Dans les premiers temps, elle lui disait :
– Viens, on va aller faire des cadeaux pour maman…!
On va chercher des petits bâtons… des petits cailloux… et elle revenait avec plein de petits cailloux, ou de petits bâtons… Alors elle arrivait au salon de coiffure et elle disait :
– Maman… Maman…J’ai plein de petits cadeaux… Alors elle était tout contente… Ça se passait bien.
Tout le monde était là pour mettre aussi un centre, mais par contre il y a eu aussi des clientes qui l’ont prise pour la promener pendant que je travaillais… Mais après, quand elle a compris un petit peu plus, elle n’a plus voulu accompagner personne…
Elle aurait pu accompagner les gens… Non, mais ce n’était quand même pas elle… Mais ce n’était pas tout à fait ça, car tant que j’étais à côté, avec ces gens là elle y allait, il n’y avait pas de souci, mais je devais être auprès d’elle…
Mais son drame, son premier drame… c’était au Costa Rica, hein… quand je l’ai mise dans la petite école, qu’elle ne comprenait rien… et après on n’en parle pas…. Quand je suis rentrée et qu’elle m’a vue malade et qu’elle était calquée entièrement sur moi…
Bon, il y avait eu aussi le rejet de son père… Oui, il y a eu le rejet pour elle, mais comme elle a dit… C’était plus important de me voir, moi…
Quoique son père, elle l’aimait beaucoup… Aah son papa, elle l’aimait…! Ah, c’était quelque chose pour elle… Elle, qui allait toujours sur son petit escalier l’attendre… et qu’elle disait :
– Papa… papa… papa…!
C’était très chou… et puis lui, des fois, il partait au galetas où on y avait fait un salon et il fermait la porte… Ça voulait dire :
– Foutez moi la paix !
On sentait que c’était… beaucoup pour lui. Surtout quand tu en as deux, qui te courent toujours après… Mais ils étaient contents, quoi… Ils lui tournaient tout autour. Ben oui, ils faisaient entièrement parti de son histoire.
Mais pour lui, c’est vrai que ça devait le pomper… D’ailleurs, il l’avait dit, hein…
– Ben oui, ta fille, on ne va pas la mettre au magasin…
– Ben non… Ils sont là, hein, et c’est tout le temps !
– C’est un cauchemar !

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