L’autorité de mon père

<Enregistré le 15 Septembre 2014>

Tu vois, on faisait presque pitié dans le village parce que les gens savaient qu’on était élevé à la dure…

Mon frère et ma sœur, m’ont toujours dit qu’ils avaient souffert du manque, mais moi j’en ai jamais souffert…

Mais je comprends pourquoi ils ont souffert, parce que quand ils allaient chez nos voisins le boulanger… les jeux qu’ils avaient, ils auraient voulu les avoir… Tandis que pour moi, et bien quand on me prêtait la luge, ben… c’était la luge, quand on me prêtait des skis… c’était les skis, quand ils me prêtaient des gants, ben… c’était les gants, quand on me prêtait le caleçon de bain, ben… c’était le caleçon de bain…

C’était pas MON caleçon de bain, Isabelle me disait :
– Tu viens jouer… ?

Je disais :
– Ouais, je veux bien, mais j’ai pas de luge…
– Oh, mais t’as pas de luge ?

– Non, parce que ma luge c’est mon frère et ma sœur qui l’occupent donc moi j’en ai pas, la plus petite… puisque je ne vais pas avec eux, tu vois ?
-Aah bon ?

A chaque fois c’était :
– Je peux venir, mais je n’ai pas…
– D’accord… j’ai demandé à papa, tu viens avec nous, au lac et tout…

– Je veux bien venir au lac, mais je n’ai pas de caleçon de bain et puis je n’ai pas de bouée, je n’ai rien…

Et leur père, le boulanger lui disait :
– Oh… mais va regarder en haut dans tous les caleçons de bain, il y en a certainement un qui lui va…

Avec tous ses enfants de toutes les tailles… Tu avais la corbeille avec tous les caleçons de bains… et il me disait :
– Mais va en essayer, un…

Tu vois c’était comme au magasin…
– Aah super, il y en a un qui va…

Et finalement ça se mettait en place tout seul et tu avais appris à dire, pour qu’il y ait une communion et le partage avec les autres… pour que les autres puissent partager avec toi…
– Voilà. C’est à dire que l’envie de ma copine Isabelle, faisait en sorte que je puisse venir et jouer avec elle… Comme elle voulait que je sois avec elle, et bien… ma foi, elle disait à papa…
– Elle veut bien mais elle n’a pas…
– Alors prête lui, qu’il lui disait… Il y a tout ce qu’il faut dans la maison.

Ils ont été sacrément formateur dans ta construction…
Ils ont été de sacrés pierres blanches pour toi…

– C’est bien pour ça que j’ai voulu m’appeler « Isabelle »… et leur père quand il entendait mon Père siffler… Alors lui, il en était traumatisé parce que mon Père, faisait comme ça…

  • Ssssshhuuuuuiiiit !

Ça voulait dire :

  • Retour à la maison…

…Il faut aller faire les verres, il faut faire ci, il faut aller là… et des fois quand j’étais en train de jouer à la poupée avec Isabelle ou des trucs comme ça, son père me disait :
– Cache toi, va vite en bas… Au laboratoire, en bas !

Et moi je disais :
– Ooh non… Je dois y aller… et il disait…
– Non, il n’y a pas besoin d’y aller…

Tu vois quand on entendait le sifflet…

  • On avait peur !

Ça veut dire… Militaire, ouais, au pied !

Mais quand même quand ton père sifflait comme ça, c’était fait de manière arrogante ou c’était finalement fait quand même, comme quelque chose de doux ?
– Ben moi je ne le sentais pas comme quelque chose de dure… mais ça voulait dire :

  • Retour… Maintenant il faut venir travailler !

– Et quand vous arriviez, il vous accueillait de manière douce ou il vous accueillait méchamment ?
– Ah non non… C’était :

  • Je te cherche partout, maintenant il faut venir faire les verres, ou faire ici…

Non, moi je n’ai jamais reçu de trempes, de machins… Pas du tout ! Non non… Mais on en avait peur, parce qu’on savait qu’il fallait suivre…

C’était un petit peu comme à l’armée, tu vois…
C’est comme quand tu vois à l’armée… Caporal, Machin, truc chouette, hop ! C’était ça…

Mais derrière ça, non, il n’y avait pas toute cette violence. Pour ça, on a eu de la chance…

Mais ce que je comprends, c’est que pour mon frère et ma sœur si c’était grave, c’est parce qu’ils voulaient AVOIR… Tandis que moi, on me prêtait quand j’en avais besoin…

Je me souviens à un moment donné, quand mon frère avait eu son bureau… j’avais dit :
– Mais moi aussi j’aimerais avoir un bureau pour faire mes devoirs… m’assoir quelque part… Un bureau qui est chez moi, où je peux m’assoir… Alors j’avais demandé à mon frère…
– Est ce que tu es d’accord que je vienne m’assoir sur ton bureau quand je fais mes devoirs ?

Et il m’avait dit :
– Ben écoute… D’accord, mais quand je ne suis pas là… Et tu ne bouges pas mes affaires !

D’accord ? Ok… Voilà, j’avais un bureau, de temps en temps quand il n’était pas là… C’était LE bureau… C’était pas MON bureau…

C’est le bureau sur lequel il travaille toujours encore. Celui qu’il a encore chez lui… Oui, je crois bien.

Parce qu’il l’avait repris quand le Père est décédé… Je crois qu’il l’a en bas dans son sous sol. C’était du chêne, du vrai bois…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *