<Enregistré le 14 Septembre 2016>
C’était quand j’étais à Bern, chez Michelangelo… La Veuve Joyeuse de Bern…
C’était une femme qui était avec un homme de 30 ans plus âgé qu’elle, c’était les gens les plus riches de Bern. Quand il est décédé, elle est venue le jour de son enterrement faire son brushing, pour aller à la cérémonie et elle est arrivée en jaune vif… jaune citron !
- Elle avait un ensemble jaune citron.
Même le chapeau qui allait avec, un grand chapeau, jaune… large, C’était cette envie… Jaune ! C’était tout simplement… mon cher t’étais cocu, point. T’étais cocu, tout le long, voilà… T’a été cocu jusqu’au bout, jusqu’au jour de ton enterrement.
Et quand je lui ai dit :
– Voilà, j’ai appris que vous avez perdu votre mari…
Elle me dit :
– Mais non, non non… Ne vous inquiétez pas, je suis contente…
Elle avait annoncé qu’elle était contente. C’est vrai, elle disait ce qu’elle pensait. Ça faisait longtemps qu’elle attendait ce jour… et qu’à partir de ces prochains jours et bien, elle déménageait définitivement au Palace… à Bern avec suite, pour le restant de ses jours… Elle les avait bien mérités…
C’était la prochaine étape, après l’enterrement…
Elle a quand même été ravie, hein…!
– Et après elle est revenue souvent à la coiffure ?
– Oui oui mais elle était bien, c’était tranquille… Elle le valait bien…
Et dans mon salon, de coiffure… Il y en avait une autre aussi qui venait depuis Bern, et son mari avait 25 ans de plus qu’elle…
Quand elle avait des cocktails à Lausanne comme ça, elle venait avec lui, non, elle s’arrêtait pour faire ses cheveux avec sa Jaguar, là, enfin sa grande voiture… Ça amusait beaucoup mon mari parce qu’elle venait avec des grandes robes… dans les flaques d’eau… et elle arrivait là pour se faire coiffer. Parce qu’elle devait aller à un cocktail à Lausanne…
Elle m’avait dit :
– Bon ben, moi j’attends maintenant, c’est bon, après tant d’année… Je me suis mariée en étant jeune, mais maintenant là, j’en ai assez, maintenant c’est bon… Je n’attends que ce jour. Alors là… Je ne devrais pas dire, mais voilà…
Ben, je ne l’ai pas connue après qu’il meure… Elle a du continuer certainement encore longtemps, hein !
C’est terrible… Parce que finalement, tu n’en peux plus et tu ne peux plus divorcer parce que tu as eu ce confort, et que tu n’attends que ça… que ça soit la fin, c’est tout…!
C’est une réalité… Mais elle disait,
– Si ça avait été à refaire, elle ne referait pas ça… !
Parce qu’il y avait trop d’années maintenant qui étaient passées et elle n’attendait plus que ce soit… et en plus, qu’il était jaloux comme un poux qu’elle ne pouvait rien faire… Il voulait tout suivre.
Ah celui-là, il lui faisait une vie pas possible !
Finalement, elle en avait marre… son bon confort, tout ça elle l’aurait donné pour avoir… mais quand même… mais ben non, ben zut…
J’ai fait trop d’années maintenant je vais jusqu’au bout, quoi !
Mais ça c’est pénible…!
Ça c’était les deux que j’ai connues à Bern… A Fribourg alors il y en avait deux qui étaient aussi excellentes… Il y en avait une qui s’appelait XXX… je crois que c’était une femme d’entrepreneur.
C’était son deuxième mari parce que l’autre elle l’avait déjà ruiné…
Avec celui-là, alors elle arrivait, le salon de coiffure devait être fermé pour elle, pour que tout le monde soit assis à son service…
On était onze ou douze… On était tout un monde, hein !
Mais elle ne supportait pas… Alors elle arrivait avec son grand manteau de fourrure, et à la seconde où elle arrivait elle hurlait :
-Amène, amène…
Elle fichait son manteau dans le coin, là où normalement on suspendait les habits, mais comme personne n’était là, à l’attendre, au moment où elle allait arriver pour lui prendre son habit… elle le fichait par terre… Parce qu’on aurait dû normalement être là, à côté… quand elle ouvrait la porte… Donc elle fermait la porte, elle l’expédiait, elle faisait un vacarme pas possible… C’était la seule fois où on entendait la porte qui faisait Schlaaggg…! et qui volait à toute allure… Puis elle arrivait là, comme si elle était pressée à la minute, en courant comme une hystérique dans le salon de coiffure…
Et elle disait :
– Voilà, et elle prenait ses mèches comme ça, alors vous voyez je voudrais un petit peu plus… et puis celle-là derrière, et puis qu’elle comptait tous ses machins pendant qu’elle faisait son explication…
Après elle s’installait… Alors une lui faisait ses mèches au papier d’alu, une autre lui faisait les mains, et puis encore une autre qui lui faisait les pieds… Enfin, elle aimait qu’on lui fasse le grand service et surtout que les autres soient là, pour elle…
Il fallait que ça soit tranquille, pour aller lui chercher le café… En plus il aurait fallu lui tenir son porte cigarette, s’il n’y avait pas quelqu’un pour lui tenir le cendrier, les cendres passaient par terre, hein…
Ah oui, c’était le grand cinéma, tout du grand jeu chez elle…
Ah oui, elle ne cherchait même pas où était le cendrier… Il fallait le mettre dessous pour que les cendres tombent dedans…
Moi je connaissais bien parce que j’étais à côté, je devais assister la patronne… Elle voulait toujours que ça soit moi qui l’assiste, pour lui donner la ouate, les papiers d’alu et tout, alors je sentais assez sa tension…
Lui donner son papier d’alu, lui donner les pinces… quand il fallait accrocher… J’étais toujours celle qui la tranquillisait à côté…
– Et puis elle bougeait beaucoup ?
– Aah oui, parce qu’elle ne te respectait rien !
Il n’y avait aucun respect… Non non, c’était une journée de terreur…
Alors on était là, à disposition, et puis le reste il fallait que ça soit tranquille, il fallait que ça soit calme, le salon de coiffure était fermé pour la matinée… Tout était fermé parce que Madame ne voulait pas de bruit, ne pas être dérangée…
Voilà, le grand truc pour elle… Alors tout d’un coup elle pouvait te dire il me faut le téléphone, il faut ci, il faut ça…
Ah c’est possible qu’elle lui faisait payer 1000 Francs pour le matin, peut-être, parce qu’après elle offrait le café pour tout le monde… C’était vraiment du grand cinéma…
Ah non, celle là, elle était une excentrique, mais au possible…
Il y en avait une autre, mais je ne me souviens plus de son nom maintenant… C’était sa copine, donc elle essayait aussi de… Elles étaient copines, alors tu vois… Elles allaient à leur exposition de peinture, leurs expositions de ci, le théâtre, leurs machins ensemble, mais elles ne venaient pas en même temps au salon…
L’autre aussi, c’était la terreur, mais elle était plus âgée.
Ah oui, et puis le reste du temps, aussi, si elle avait quelque chose le soir, il fallait aller lui donner le coup de peigne à la maison… Parce que elle n’avait pas le temps de passer pour le coup de peigne !
Ouais, chez elle… pour lui passer son coup de peigne, parce qu’elle ne voulait pas se déplacer, ou qu’elle n’avait pas le temps…
Ah non, mais il y en avait des bonnes, hein !
En tout cas les deux, c’étaient les meilleurs…
Il y en avait une aussi à Gstaad qui était au maximum…
Elle était venue faire son brushing, et comme elle était contente avec moi, le jour du 31, elle m’a demandé pour un rendez vous mais comme elle s’y était prise trop tard… je lui avais dit qu’il n’y avait plus de place…
Alors elle m’a demandé si je voulais venir lui faire son brushing, c’était juste un petit brushing de rien du tout…
– Je vous donne 200 francs pour me faire le brushing… On vient vous chercher avec un chauffeur pour venir au Palace… et après je vous ramène…
Alors là, je lui ai dit :
– Mais c’est pas 200 Francs, hein, qu’il faut me payer… c’est la saison… parce que moi je perds mon boulot, hein ! Si je viens vous faire le 31 décembre, alors si vous voulez me payer la saison pas de souci… (Rire) …Il avait bien ri, Ferdinand…
Je l’avais bien eu, ravie de lui dire ça à celle-là…
Mais elle ne comprenait pas qu’en fin de compte, ce jour là… que tu ne pouvais pas être à sa disposition. Ah, celle-là ça lui avait fait quelque chose ! …Et dire que je suis Madame Telle et Telle, et elle ne va pas venir même pour 200 francs… ?
Ah, ça avait été une leçon, plus revue… Elle n’a jamais accepté.
Ils n’acceptent pas ces gens quand tu leur résistes… Il n’y a rien qui leur résiste… Ils sont obligés de t’éliminer, si tu leur résistes… Ils ne peuvent pas faire autrement, hein !
– Tu leur as enlevé leur château…
Ah oui parce qu’ils doivent recréer leur position où on va les voir tel quel… C’est toi le Dieu, et si t’es pas le Dieu et bien ça ne va pas…
Il y a quelque chose dans l’enfance qui a fait ça, je ne sais pas…
Peut-être qu’il y en aura beaucoup des comme ça, maintenant…

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