Il fout loin mes affaires

<Enregistré le 14 Septembre 2016>

Tu vois, j’étais dans mon salon de coiffure, quand une cliente me dit :
– Ah ben ça travaille chez vous… !
– Ah bon, on travaille ?

– Oui, il y a votre mari devant la maison, avec un container…
– Ah ? …Où ça ?

– Ah… Mais juste à côté de la maison, sous la grange, il est en train de tout jeter en bas… Tout ce qu’il y a dans le galetas, il jette tout…

Je me dis…
– C’est quoi cette histoire…

Enfin bref, comme c’était un samedi matin… que j’avais des permanentes, des mèches, des coiffures, je ne pouvais pas dire aux gens, mais excusez moi, je vais aller voir ce qui se passe…
Bon, alors tu laisses…

Et quand il arrive vers 1 heure… ou 2 heures de l’après midi, parce qu’avant bien souvent je ne remontais pas pour manger, peut-être pour un œuf au plat, et puis voilà au revoir…

Le samedi c’était comme ça, c’était chargé…

Donc j’arrive et puis je lui demande :
– Mais c’est quoi cette histoire, parce que je ne vois rien ?

Parce qu’en plus quand je ressors, je ne vois pas de container, il n’y avait plus rien dehors, tout était déjà loin…

Il me dit :
– Aah, mais j’ai tout évacué, mais ne t’inquiète pas…
Tu vois, regarde, tout est vide maintenant, tout est tranquille…
On peut mettre tout ce qu’on veut dessus, maintenant…

Mais je dis :
– Oui… mais mes affaires tu les as mises où ?
– Oh… mais on ne va pas discuter pour ça qu’il me dit…
On va gagner beaucoup plus… Tu ne vas pas m’embêter avec tes affaires…

– Oui mais… mon sac d’apprentissage, mes classeurs et tout… ?
– Oh, mais on ne va pas discuter pour ça quand même, c’est fini ton apprentissage…

– Oui mais c’était mes classeurs, c’était mon histoire…
C’était juste un sac… C’était un beau sac.

Je n’en ai jamais retrouvé un si beau… Il était magnifique, il était blanc, il y avait mes trois classeurs de mes trois ans d’électrolyse, de tout… Comment ce que tu faisais les teintures, les permanentes, toutes les explications pour les 5 et demi de moyenne que j’avais eu pour les trois classeurs… Donc c’était des très très beaux classeurs…

– Bon… qu’ il me dit… Bon, tu ne vas pas m’emmerder avec ça, hein !
De toute façon, c’est loin, tout est loin…

J’étais encore loin de m’imaginer qu’il pourrait faire pareil avec moi et nos enfants…

Et bien quand on s’est séparé… J’ai retrouvé ses carnets d’écolier que sa mère nous avait redonné à l’époque, je les ai mis au galetas… Je me suis dit :
– Je ne te les redonnerai pas. Je les laisse en haut dans un carton, les enfants pourront voir avec tes machins, tes trucs… Si pour eux ils ont envie de savoir les choses. Je les garde pour les enfants…

Avec les notations des professeurs…?
– Oui… Si ça peut leur apporter quelque chose… Ça doit être dans le galetas !

Mais je les avais laissés, mais je m’étais dit…
– Je ne vais pas te les redonner parce que ça ne sert à rien.
Si pour mes enfants ça peut les aider à classer leur histoire en se disant…
– Ah ben tiens moi j’étais bon en maths… ou je n’étais pas bon en français… Si c’est bon pour eux ! Voilà, si ça peut les aider à classer…

Mais quelque part, j’aurais dû les foutre loin aussi… Il avait fichu loin mes affaires… Et en plus il y avait même le manteau de fourrure en mouton retourné qu’Ilsé de Gstaad m’avait donné…

Mais dans ses carnets, j’avais vu… il y avait des notations qui montraient qu’il n’était pas si brillant que ça… pour m’avoir dit :
– Ah ah ah ah…. petite coiffeuse !

J’étais aussi brillante que lui…

Pour avoir eu des parents qui étaient attentifs et tout… et bien c’était pas beaucoup mieux… Alors que moi je n’avais eu personne ! Hein… En plus chez moi, c’était très perturbant… J’étais très perturbée, hein !

En fin de compte, il n’était pas beaucoup plus haut pour avoir été dans un environnement calme, ce n’était pas très supérieur… Loin de là !

Même ses écoles primaires, elles étaient minimalistes !
Pour dire que c’était dans une vie normale… Parce que tous les dimanches, ils partaient comme Jérome, notre voisin du dessus… avec leurs enfants, de gauche à droite, visiter toute la Suisse…

Mais chez nous avec toutes les perturbations qu’il y avait…

Ben, il n’y avait pas grande différence !

Non… Finalement, il n’était pas bon du tout !

En tout cas, ce que je me souvenais c’est qu’il n’était pas si bon que ça pour avoir été dans une famille normale !

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