Je ne l’abandonnerai pas

<Enregistré les 19 Octobre 2016 et 25 Novembre 2021>

Après la césarienne, je dormais, alors ils m’ont réveillée…
– Madame… Madame…!
Pour me montrer mon fils, et voilà, j’ai senti comme ça, cette chaleur… et puis et ils m’ont passée en salle de réveil.

Au moment où je me réveille, ils me disent…
– Ecoutez, il y a un souci, il fallait le mettre en couveuse…
Alors on l’a envoyé à la maternité de l’hôpital car ici, on n’a pas de couveuse…

Alors quand ils me disent qu’il n’y a pas de couveuse à la maternité alors qu’ils savaient très bien qu’il allait être prématuré… Je leur dis :
– Ecoutez, alors je pars le rejoindre, je pars aussi à l’hôpital…

Mais ils me disent :
– Mais non non, vous ne pouvez pas après votre césarienne !
Vous êtes ici avec votre palmier et les tuyaux pendant trois jours…
On doit vous suivre, donc pendant au moins 3 jours vous êtes là !

– Non… que je leur dis… Vous saviez qu’il allait partir, je ne reste pas là, si mon bébé n’est pas là…

Ils le savaient très bien puisque j’étais entrée le 10 février après avoir perdu les eaux, et que nous étions le 16, alors qu’on l’attendait pour le 20 Mars…!

J’étais encore à moitié somnolente, quand le docteur arrive et qu’il me dit :
– Alors non, il faut attendre en tout cas demain ou après demain…
mais là-bas, plus personne ne vous suivra !

Devant ma détermination :
– Bon ben, alors vous signerez une déposition mais il n’y aura plus personne, et s’il vous arrive quelque chose, pour vous…

– Bon, alors il n’y aura plus personne… que j’ai dit. Voilà, je pars…

– Bon et bien, vous signerez une décharge demain… quand vous partirez et on appellera une ambulance pour vous y emmener.

Et là, tout le monde est là, après mon opération… Tu vois que je suis mal au possible, mais que je maintiens ma position…

Avec une césarienne, ce n’était pas rien finalement…
– Avec une césarienne… le lendemain matin ils viennent aux soins et l’après midi… ni mon mari, ni rien du tout, je pars toute seule…
Il n’était pas là, hein !

Avec le risque que ça se réouvre à l’intérieur…
– Il n’était pas là !

Il ne suivra pas… Il ne sera pas derrière. C’est fou quand même !

Bon, ils ont appelés une ambulance et je suis partie…

Mais après j’ai dû changer de gynécologue parce qu’il m’en a tellement voulu… C’était mon gynécologue, tu comprends, il m’avait fait accoucher là-bas, pour l’avantage financier de la césarienne, mais il ne pensait pas que pour moi, c’était important que je reste aux côtés de mon enfant !

Et arrivée là-bas à l’hôpital, je leur dis :
– Bon ben… Mettez moi sur une chaise roulante, mettez moi au corridor ! Je me débrouillerai pour aller voir mon bébé…

Mais t’as couché où alors ?
– Et bien à la maternité de l’hôpital… mais elle était loin de la nurserie des prématurés…

Donc il y avait quand même une pièce pour toi, alors…
– Oui, mais ce qu’ils m’annonçaient, c’est qu’il n’y aurait plus de médecin, qui me suivrait… Ils m’avaient dit qu’il n’y aurait plus que des infirmières, mais voilà vous serez en soins…

Alors que finalement j’étais en demi-privé… J’avais le droit d’avoir des soins… Ben ma foi, ils ne m’avaient pas dit… j’étais désolée,

Et là, quand j’arrive en bas, ils me disent :
– Mais écoutez… Non, mais nous on a plein de travail, et puis tout…
– Non, mais je ne vais pas vous déranger, mettez moi sur une chaise roulante… ici au corridor, je me débrouillerai pour aller voir mon bébé….

– Mais c’est loin le côté des prématurés…!
– Ça ne fait rien, mettez moi sur une chaise roulante…

Donc là, ils me lèvent du lit, et je passe vers l’autre côté et dès que j’arrive du côté des prématurés, et bien j’avais repris des ailes, hein !

Mon opération ? On ne s’en souvient plus !
Avec mon palmier, mes tuyaux… C’était bon !

Il y avait un ange qui faisait tout pour que ça se cicatrise parfaitement… Mais je te comprends, tu ne voulais surtout pas abandonner ton enfant…

Et je ne me souviens plus de mon palmier ni de mon machin… de mon truc, je savais que j’allais toujours là-bas, tu vois… (Rire)
et pourtant il y avait une grande traversée.

Parce qu’après, je marche et j’y vais toute seule !
Et Il y avait un long couloir, debout, pour y aller…

Debout ?
– Ouais ouais…

Malgré ta césarienne ?
– Oui, j’y allais, c’était pas ça le truc…
C’était que je devais aller là-bas.

Et quand je suis arrivée de l’autre côté, chez les nurses, en toquant derrière, je leur ai annoncé que je venais voir mon bébé… et là, elles étaient beaucoup plus aimables… EIles comprenaient, parce que c’était des personnes qui avaient à faire avec des bébés… Elles savaient très bien l’importance aussi… C’était ça !

Mais de l’autre côté j’ai vraiment été très bien suivie aussi…

Mais c’est marrant cet appel que tu as, l’appel que tu sens…
Tu sens que tu dois y aller… qu’il faut y aller !

Tu sentais que tu ne voulais pas abandonner ton enfant…
– Oui, mais je sentais… et je sentais surtout que c’était important…

Puisqu’à ce stade, par instinct, j’ai directement pris la serviette de l’hôpital, et je l’ai mise sur ma peau… et quand je suis arrivée là-bas… près des couveuses… quand j’arrive, la nurse elle me dit :
– Peut-être qu’il y a des microbes, peut-être que c’est pas trop bon, de la mettre dans la couveuse…

Et puis on prend quand même la décision de la déposer, parce que j’insiste et ils acceptent… Mais ça s’est décidé parce qu’il n’était pas mal en point, qu’il manquait juste un petit peu d’oxygène…
Alors on pouvait y aller… Je les ai remerciés, parce que je sentais que c’était important !

De nos jours on sait que c’est important, mais moi c’était une intuition… Il était né six semaines avant terme…

Et la chose qui m’émeut beaucoup c’est que quand je reviens… Parce que tu vois, je la mets juste derrière, il est couché comme ça… et je mets ma serviette de côté dans son dos… Et quand je reviens il avait réussi à aller dessus et d’avoir le nez sur la serviette !

Il avait réussi à bouger et à me rechercher…

Ça c’est juste impressionnant, et quand tu arrives, que tout est calme, qu’il n’y a pas un bruit… Tu as les néons… tu t’approches doucement et que quand tu es juste au dessus du berceau, que tu l’observes… à la seconde où tu l’observes, il t’a senti à distance comme ça… Tu arrives juste à côté et la seconde après, il hurle !

Ça, c’est quelque chose qui m’a énormément touchée…
Alors je me suis dit… et bien tu as fait les bonnes démarches !

Tu as fait les démarches que tu devais faire… C’est juste, ce que tu as fait !

Quand tu sens ça… c’est juste impressionnant !

Mais je ne sais pas si c’est parce que tu as l’enfant qui est vraiment sensible, et qu’il te sent, ou si c’est le cas pour tous les enfants !

Mais peut-être que c’était déjà l’extrême sensibilité de mon fils, hein…!?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *