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Noël de merde

<Enregistré le 13 Septembre 2016>

C’est le soir de Noël, chez eux que j’ai compris, quand la femme du policier nous a dit… :
– Mais vous ne pouvez pas sortir habillés comme ça !
Venez à la maison, je vais vous donner des habits de ma fille, il y en a plein dans l’armoire, et elle ne les porte pas… C’était elle qui m’avait déjà donné des poupées quand j’étais encore au buffet…

Et quand elle a ouvert son armoire, je me suis dit :
– Oh mais dis donc, je ne voudrais pas être à sa place avec tous ces habits.
Mais arrête, ça avait l’air d’être plein là-dedans !

Ça touchait le plafond… C’était dans une vielle baraque dans ces grandes armoires… Je trouvais ça c’était tellement exagéré que c’était plus à plaindre… elle n’avait plus de quoi rêver !

Il n’y avait plus de place pour le rêve, de se dire :
– Oui, j’aimerais bien une robe, j’aimerais un pull…

Tu vas chercher dans son armoire, c’était là…!

C’est ce que j’ai fait aussi avec ma fille, hein… En lui laissant mon armoire, mes choses, mes affaires…
Et après ça quand j’ai vu le Noël, comment ils déballaient, déballaient…

Mais ce n’était pas encore quand ils déballaient les cadeaux que ça m’avait dérangé… Je les trouvais très beaux ces cadeaux !

Mais les :
– Ouuuhhhh… das kostet, das kostet !
(Ça coûtait beaucouuuuppp….. !) qu’ils disaient…

et l’autre qui dit :
– Ein hundert Franc…!

Et l’autre…:
– Ahh aahhh…. Spécial, il est…!

…Mais mettez les prix carrément !
Mais alors ça, ça m’avait retournée…

Tu vois il y a eu quand même cette version… La vue de cette version financière qui était à l’opposé de chez nous. Nous, on n’avait rien parce qu’on ne pensait pas à nous…

Alors là, tu étais confronté à la matière. C’était la première fois que tu entendais des trucs comme ça… Jusque là, tu ne t’étais jamais posé la question.
Et là, je voyais une preuve, une preuve de la matière…

– Mais elle a couté combien… ?

Tu vois quand tu n’as pas cette vision de l’argent, et là…
Chez nous il n’y avait rien. Tu travaillais dans le service, tu visais tes machins, et t’étais content parce que tu avais eu tes petits sous… Parce que tu avais fait quelques petits pourboires…

En fin de compte c’était même pas ça qui comptait, c’était le plaisir dans le travail et la rencontre avec les gens.

C’était pas le gain en lui-même, et là, avec ce que tu entendais, tu prenais conscience de la matière…

Alors ça fait quelque chose de prendre conscience de la matière !

Tu réalises le soir de Noël, qu’il y a la matière… Que l’argent c’était quelque chose, alors que jusqu’à présent ça m’avait (pschiiitt…) passé à travers, parce qu’avant la matière, ça n’existait pas.

Pour moi, ce soir là ça avait été une triste réalité…

Ce soir là, le soir de Noël, il y a quelque chose qui tombe !

Alors peut-être que ça tombait deux fois plus fort, comme on m’avait déjà fait tomber le rêve que le Père Noël n’existait pas…
Et ce soir là, avec tout ce qui avait sous le sapin…?
Alors qu’avant, c’était le Père Noël qui apportait, et que c’était gratuit, un pur don d’Amour…?

Alors là… les « ça coute », les « ooouuuhhhhh », « ouuuhhhhh », « aaaooouuuuhhhh » … »ooouhh… » qu’ils aboyaient comme des loups… les « beaucoup, beaucoup d’argent »…

Alors là, je me suis dit :
– Ah ben merde alors, et le Père Noël, il est où dans tout ça, hein !?

C’était la réalité, la prise de conscience de la matière qui m’était arrivée le soir de Noël…

C’est ça qui m’avait bouleversée, la magie de Noël qui tombait, la magie qui tombait… Une grande tristesse.

Beaucoup plus tard j’ai compris que si je m’étais mariée avec mon ex-mari, c’était pour le droit d’être, (enfin j’avais cru que je le serai)… mais que mon frère, lui en tant que bon taureau, il s’était marié pour le droit d’avoir…

Nous avions tous été tellement dans le manque… Chacun recherchait à combler ses manques…

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