<Enregistré le 20 Novembre 2016>
À cette époque, il y avait aussi Yvan et Guy, c’était deux français qui travaillaient « au Vieux Manoir »… C’était un Palace, un 5 étoiles.
Ils l’appelaient le Vieux Pissoir… Ils avaient beaucoup d’humour !
Les deux étaient cuistots, Guy devait avoir la trentaine, il avait une dizaine d’années de plus qu’Yvan, qui devait avoir 22 ans.
Guy, il aimait bien ma sœur… Il l’aurait bien aimé, lui…
Mais Yvan, et bien c’était avec moi… Yvan c’était léger, c’était la jeunesse. C’était rafraichissant, mais tu sentais qu’il y avait eu de la souffrance derrière quand même… Oui, je pense qu’il avait eu une enfance pas simple.
Il faisait les saisons d’été là, et puis les saisons d’hiver en Guadeloupe ou à Davos, ou ailleurs… Mais il suivait les saisons… et quand il revenait, car il disait toujours…
– Je vais revenir… Je vais revenir… Je reviendrai !
Et quand il revenait, il venait me chercher à travers le village et il me recherchait partout… à la maison, partout.
Une fois, il m’avait rencontrée alors que j’étais sur les remparts, à l’entrée du village. C’était un vendredi soir… vers 4 heures.
Je me souviens la ville était remplie, et il a bloqué toute la rue, toute la ville… là, avec son auto juste parce qu’il m’avait vue en chemin !
J’étais encore sur le trottoir, qu’il ouvre la fenêtre de son auto, et il me dit…
– Oh, mais quel travail, quel travail…!
Il était tout fou, tout heureux… il m’appelait depuis sa petite voiture qu’on ne savait pas à quel moment elle allait lâcher… Il était en train de conduire, il avait arrêté sa voiture, et passait sa tête à travers la fenêtre et…
– Hééee… Viens m’embrasser, viens me faire un bisou… !
Et Hop, il me tire comme ça dans la voiture, j’étais au milieu de la ville, j’avais les jambes en l’air, à travers la fenêtre…(Rire) il m’avait fait passer par la fenêtre… On rigolait comme des fous…(Rire)
Il était heureux, et il disait :
– Oh… mais quel travail, qu’est ce que je suis heureux, je suis heureux… je suis heureux, je ne peux pas te dire comment…
- Quel bonheur d’être revenu !
Avec lui on rigolait bien quand il me disait :
– Tu me coupes les cheveux ?
– Oui, mais je te coupe les cheveux sur le radeau du lac… Je ne vais pas faire ça par terre.
Alors il avait ramené un tabouret, posé sur sa tête en nageant jusqu’au radeau et en m’amenant mes affaires de coiffure…
Alors je lui avait coupé ses cheveux… Je me souviens c’était un jour où il y avait du vent, il y avait tout qui volait… et lui avec ses trois poils, ses cheveux tout fins… (Rire) On avait fait les fous…
Qu’est ce qu’on rigolait… C’était une belle jeunesse !
Il était même venu faire la cuisine une fois à la maison, parce qu’il y avait eu les Franchons de Bern, ceux qui m’aimaient bien, ceux qui m’avaient emmenée au palace à Paris qui étaient venus à la maison.
Yvan était venu faire la cuisine avec Guy, pour les recevoir à la maison… alors J’avais pu leur dire :
– Alors Oui… On peut vous recevoir à la maison…
Et on s’était dit :
– On va leur faire du 5 étoiles !
Alors ils étaient tout étonnés d’arriver chez Maman, dans notre petit trois pièces, dans notre trou et d’être servis en 5 étoiles, il était adorable cet Yvan, il était vraiment chou…
Et finalement, il revenait toujours jusqu’à ce qu’il m’ait vu fréquenter mon fiancé… et après, il n’est plus revenu dans la région.
Nos chemins, se sont croisés comme ça… Il avait fini sa saison et il est parti…
Une belle âme…
Merci Gracias

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