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Alors tout est foutu…

<Enregistré le 13 Septembre 2016>

Arrivée dans ce nouvel appartement, je me rends compte que c’est lourd… C’était comme si tu étais dans une cage à lapin ou je ne sais pas… Il y avait une atmosphère tellement pesante !

Alors je décide de partir à pied au village de mon enfance…
Partir chez Francisca, même si elle habitait dans une cave, mais enfin où c’était la vie !
Même si elle allait faire comme d’habitude des pommes de terres bien grasses, dégueulasses, qui sont immangeables…(Rire) mais au moins c’était la vie…

On va dormir ensemble, elle va me faire dormir dans son lit qui est puant, qui n’est pas lavé. C’est sale, c’est cochon, et dans la cave ce n’est que du béton… mais là, au moins je sens la vie…

Parce que sinon c’était toujours des choses sans importance, des choses qui se passaient sur le moment et qui bien souvent n’étaient pas si importantes…

Mais qu’est ce que cette période a développé en toi ?
– Qu’est ce que ça a développé ? Mais tout… hein !

Oui, mais comment s’est passée ta résilience…?
Qu’est ce que ça a développé en toi…? Qu’est ce que ça a développé par rapport à cette situation ?
– Mais il y a la prise de conscience quand tu es dans ce nouveau village, qu’elle veut te contrôler et que tu te dis que toutes tes écoles, c’est foutu… Que tu n’iras pas bien loin, parce que tu ne pourras pas faire plus, avec tout ce qui avait été fait… Et en plus de ça, tu devras encore te défendre pour y arriver… Ah ben mince alors… !

Parce que l’école Jolimont où tu avais été…?
– Jolimont, c’était la seule année où j’avais été et où ça m’a construite… Cette année là, avec les sœurs, c’est sûr que je me suis battue…

Cette année là, c’était juste après être arrivée dans ce nouveau village…?
– Oui, quand j’habitais chez ma marraine, j’allais à mon ancienne école… et je passais devant le restaurant tous les jours !

Mais avec les sœurs à Fribourg, c’est sur cette année là, que j’ai pu m’appuyer, parce que c’étaient des personnes qui se sentaient concernées… Elles étaient attentives et elles te regardaient !

J’avais 14 ans… Mais elles te regardaient au moins. Elles étaient concernées par toi, alors j’essayais d’être attentive…

C’étaient des bonnes sœurs mais en même temps c’étaient comme des parents qui étaient attentifs à te voir, à te transmettre quelque chose. Comme des enfants normaux qui ont eu tout le temps des parents attentifs, qui t’ont suivi.

Et là-bas, tu n’y es restée qu’une année ?

– Oui… J’ai vraiment regretté. Parce qu’après ça, Jolimont a été fermée, et c’est devenu une école publique à Fribourg, alors on n’a plus pu continuer, et il a fallu aller à Nant…

  • Mais Nant, C’était l’école des cancres !

L’école de ceux qui n’avaient pas réussi… Et là, ça a été une année totalement perdue… Il aurait fallu me mettre dans une école privée pour qu’on continue et avoir au moins, deux ans de normal… deux ans !

Parce qu’avec le drame qu’il y avait eu, de toute façon c’était foutu… Moi je peux dire que dans mes écoles qui ont été positives, c’étaient ma deuxième année et celle de Jolimont.

La deuxième année, c’était aussi parce qu’on avait eu une sommelière française, et qui me disait :
– Tu veux faire ta lecture avec moi ?

Et j’étais tellement contente de faire ma lecture avec elle…
Elle s’occupait de moi. C’est là que j’avais touché les premières places, hein… et à Jolimont parce qu’il y avait les sœurs qui s’étaient intéressées à moi… Voilà.

Mais le reste c’était foutu. Parce que de toute façon chez Rossier, même s’il était gentil, ma tête ne pouvait pas…

Parce que tu crois qu’à partir de 10 ou 11 ans quand l’office des mineurs, te dit… alors qu’il y a un drame qui se prépare, que ton frère et ta sœur… que ta sœur est en état de mort à Bern et qu’il faut aller la trouver… Que ton frère est en état de mort de l’autre côté… mais tu travailles comment ?

Eux, ils ont eu leur temps… mais moi je n’ai pas eu de temps et ma mère, ça ne l’intéressait pas le moins du monde… Elle s’était juste souciée pour mon frère, il devait y arriver c’était le garçon…

Ma sœur, elle y est quand même arrivée à ses bouts, à ses fins à Jolimont, et elle avait pu faire son école primaire… A cette période, c’était encore normal.

Parce que son père s’en occupait peut-être ?
– Non, je ne pense pas, mais la vie était encore normale dans la maison à cette période.

Elle est partie, je crois vers 13 ans à Fribourg… mais jusque là c’était encore du normal, enfin plus ou moins… Parce qu’elle rentrait dans le lard de mon père !
Tu parles, elle l’envoyait chier… Elle l’envoyait chier !

C’est pour ça qu’il l’avait mis au pensionnat… Tu voyais un petit peu !
A table chez nous, quand elle était en rogne, elle lançait la purée sur les murs avec sa cuillère…

C’était pas normal, chez nous et maman elle mettait tout dans le commerce… C’était comme notre petit voisin, ici… Tu dors, tu ne dors pas, tu traines à 11 heures du soir encore en vélo et tu ne vois pas les parents… Mais heureusement, tu as un ange qui suit derrière… Tu es un miraculé.
Comme un soir en rentrant je le vois à 11 heures du soir, qui se promenait en vélo sans lumière dans le village… Je me suis dit :
– Mais c’est pas possible… sans lumière, en vélo ?
…Et le lendemain, il devait aller à l’école… Tu te dis, non mais ce n’est pas possible !

Mais qu’est ce que faisaient les parents…?
– Mais sa mère, elle était… Elle était dans son histoire !
Comme maman, elle vivait son histoire de divorce, et puis… voilà.

C’est juste impensable.

Moi, je ne pense pas que j’ai été une bonne mère… parce que je n’ai pas pu les aider au niveau scolaire… Non, je ne pense pas.
Je pense que j’ai loupé des coches…

Mon fils, j’ai quand même essayé de lui mettre un répétiteur…
Pour ma fille on n’en parle pas parce que c’était porte fermée, là-dessus… et puis elle s’en sortait au niveau scolaire.

Mais de moi-même je n’ai pas pu les aider. Mais pour tout le reste j’étais là, au moins au niveau du cœur… La présence c’est au niveau du cœur, du soutien… Je leur montrais qu’ils m’intéressaient.

Parce que chez nous, cause toujours, tu m’intéresses…

Oui, si tu fais les verres, alors là, oui, je t’aime…! (Rire)

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