MerciGracias

Isabelle

<Enregistré le 02 Septembre 2014>

A Fribourg je m’étais dit :
– Ici je ne pourrais pas m’épanouir, j’ai tellement l’habitude d’être dans la soumission… et d’être dans ce machin, que même si j’ai fini mon apprentissage, même si elle veut me garder ici, elle aura toujours le contrôle et ça continuera pareil…

C’est fini !

Maintenant j’ai prouvé, j’ai fait mon apprentissage, j’ai prouvé !

Alors je ne peux pas rester dans Fribourg, parce que dans Fribourg, j’ai cette étiquette qui me colle à la peau, partout ça sort de mes pores…

Il faut donc que j’aille dans un autre canton, ailleurs que là…

Et là, à la maison quand Maman me dit :
– Je vais aller avec toi à ton entretien !

Je dis non ! J’y vais toute seule… J’ai pu aller à 11 ans à l’Inselpital pour visiter ma sœur, je peux aussi aller me présenter toute seule, hein !

Donc je pars seule à Bern et je me dis :
– Ça sera l’endroit où ce sera « Moi ». C’était cette force qui était là, présente et qui me donnait le droit de vivre, le droit d’être Moi…

Et finalement avec le changement de prénom, ça s’est fait tout seul…

Quand je suis arrivée, il y avait déjà une coiffeuse qui avait le même prénom que moi, et comme elle était là depuis un moment…

Elle était absolument adorable, c’est celle que j’ai préférée à Bern.
Elle était dans le service, et était en quelque sorte mon miroir…

C’était une des seules là-bas dedans qui était dans le juste et qui ne se laissait pas faire !

D’ailleurs, on est partie ensemble en vacances à la Ciotat, ça veut tout dire, hein !?

Là aussi, j’avais dit à ma famille, je ne viens plus en vacances avec vous, je vais avec ma copine coiffeuse.

Alors Michelangelo m’a dit :
– Il ne peut pas y avoir deux coiffeuses qui ont le même nom dans un salon de coiffure… On appelle laquelle ? Numéro 1, numéro 2…?
Vous êtes d’accord de changer de nom… ?

Tout de suite, je lui dis :
– Oh oui, tout à fait, mais très volontiers !
Je laisse mes peaux à Fribourg, c’est bon… Il fallait que je les quitte !

Alors lui, il était parti sur Joëlle, il voulait absolument m’appeler Joëlle… C’était une idée fixe… Je ne sais pas ce qu’il avait vu avec Joëlle, mais c’était Joëlle. Et puis moi, je lui dis :
– Ah ben non !
Moi, Joëlle ça ne me va pas du tout ! Laissez moi réfléchir…

Ma première idée, c’était Marie… Parce que j’aimais ce nom, mais avec Marie, j’aurai eu de nouveau devant moi, l’image de ne pas avoir le droit d’être parce que ma Mère disait d’elle, la benête, la toyette, euh… l’idiote… la cinglée, la folle, euhhh Voilà… La pauvre, elle avait le droit à tout les noms, en parlant de ma marraine de baptême, puisque c’était la sœur de mon Père…

Alors je me suis dit :
– Mais qui pourrait bien convenir… et d’un coup, j’ai eu le flash !

-Ah, et bien Isabelle…! Ma copine, la fille de la boulangerie…
Elle, elle peut tout avoir et ici, je veux tout avoir !

  • Ça sera Isabelle…!

C’était drôle parce que tout d’un coup, il y avait eu ce flash, de tout ce que la petite fille que j’avais été, avait eu envie… De ce qu’elle avait rêvé devant les croissants, les petits pains, les machins… Même la pêche qu’elle mangeait… la banane, tout ce que j’avais rêvé quand je les voyais sans cesse, tout ce qu’on nous présentait sous les yeux mais qu’à la maison, on n’avait pas le droit…

Tu voulais aller skier, et bien, elle te prêtait des skis… Tu voulais aller luger, tu prenais un bout de sa luge avec, parce que ma sœur et mon frère avait pris la luge… Tu n’avais même pas les chaussettes, ni le bonnet, ni les machins ou les gants… non, rien du tout !
Comme le maillot de bain non plus, c’était eux qui me prêtait tout…

– Mais oui, viens !
Et leur père, le boulanger me disait :
– Oh mais il y a un panier, qu’elle prenne ce qui lui faut…

Voilà c’était toujours comme ça… Donc là-bas, c’était Isabelle qui avait tout naturellement, naturellement elle avait tout.

  • Na…tu…relle…ment… !

Elle ne faisait rien, mais on lui avait tout donné.
Alors naturellement… Je voulais aussi ça maintenant ! (Rire)

Alors à Michelangelo, je lui ai dit :

  • Alors ça sera Isabelle !

Il m’a dit :
– Isabelle ? Oui… Ça me plait bien, oui, j’aime bien…
Oui, c’est vraiment bien. Je suis d’accord, et c’était parti.

Alors on est arrivé au laboratoire avec tout le monde, et il a dit :
– Voilà je vous présente Isabelle qui vient d’arriver, et qui va travailler avec nous…

Voilà c’était parti… Mais alors, Isabelle après… Elle s’est défendue parce que elle savait qu’Isabelle, elle voulait…

Elle ne resterait pas sur le carreau où on ne lui donnerait pas.
Maintenant elle avait le droit !

C’est quand même assez drôle, car tu te rends aussi compte que peu de temps après être arrivée à Bern, même les croissants de la boulangerie que j’avais tant rêvés enfant sont venus à moi, sans rien demander…

Les Franchons, ils m’en apportait le matin, au salon de coiffure à chaque fois que Madame Franchon venait se faire couper les cheveux…

Un croissant de chez Gfeller… Un pure délice !

De là-haut, on m’avait donné le droit… Une reconnaissance divine.

Merci Gracias

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