<Enregistré le 02 Septembre 2014>
Après être parti de chez ma marraine, je ne suis plus allée à l’école primaire de mon enfance, mais je suis partie à Jolimont sur Fribourg, j’avais 14 ans.
C’était chez les bonnes sœurs, il y en avait une qui avait un pied plus grand que l’autre, tu vois… ou une jambe plus longue.
Alors elle mettait un soulier qui compensait… Elle avait peut-être eu la polio… et elle avait aussi les dents en avant.
Alors tiens, elle c’était « Lapin déterrée »… On l’appelait « La déterrée »… On disait :
– Oh… il y a la déterrée qui arrive…
Super hein ! On était des gamines…
Pendant les vacances, on rattrapait les cours… Elle disait :
– On va commencer par les maths… Ah, mais vraiment aujourd’hui vous êtes indisciplinées… Qu’est ce qu’on va faire ?
Alors je vais vous raconter une petite histoire…
Et elle nous racontait une historie de quelque chose et puis elle disait :
– Allez… maintenant on travaille, on a beaucoup à faire !
Mais je l’aimais bien parce que tout d’un coup elle disait :
– Oh… Mais vous n’avez pas l’amour du travail, alors je vous raconte une petite histoire pour ne pas perdre de temps.
Donc, elle nous captait dans son histoire, et on était là.
Ça nous recentrait et on était tous là, à écouter son histoire… Parce qu’on adorait ça…
Et hop, après elle repartait sur son cours, et elle disait :
– Allez arrêtez de faire les guignols maintenant…
Celle-là, elle donnait deux cours, et pour moi, c’était zéro. Je ne comprenait rien aux maths… Zéro de Zéro !
Donc les maths, elle m’a apporté un plus… Et en géographie, je n’avais jamais suivie de géographie, et là c’était la première fois que je suivais un cours de géographie… Elle savait donner !
Alors qu’avant, on essayait de t’enseigner plein de trucs qui ne te servent à rien… et quand ils arrivaient à l’essentiel, tu n’écoutais plus.
Tandis qu’elle, elle disait :
– Hum hum… Voilà, on n’a pas de temps à perdre maintenant…
Pour demain il faut que vous sachiez différentes choses…
Ça c’est important, il faut aller là, et tac !
…A partir d’ici c’est important !
C’était une très bonne pédagogue d’apprendre d’aller à l’essentiel…
Je crois qu’elle, c’était Marguerite Marie, et l’autre c’était Marie… Alors une était grosse, elle était ronde, tu vois…
Et un matin elle arrive elle avait oublié ses dents…
Elle commence à parler… alors bien sûr, ma copine, elle pouffait de rire…
– Ah celle là, on dirait Dracula ce matin, ou je ne sais pas trop quoi…(Rire)
– Vous les avez mis où vos dents, dans le lavabo ?
…ou d’autres trucs… enfin des choses horribles.
Et la sœur qui avait mis sa main devant sa bouche et qui avait partait la tête en bas…
… Ah, mais ma copine, elle te les astiquait, elle te les astiquait ! C’était quelque chose de… Ah mais elle, je n’ai jamais vu ça…
La plupart des profs, c’était conventionnel, mais elle, elle avait aussi sa petite prière… Par exemple, pour le « Je vous salue », elle ne vouvoyait pas Marie, elle la tutoyais… Elle était en direct !
Et moi quand il y a le « Je vous salue » comme ça à l’église…
Je dois réfléchir… J’ai l’habitude de le dire comme elle le disait, à sa manière à elle…
– Tu le connais ?
– Ah ben oui …!
- Rejouie toi Marie, pleine de grâces.
Le seigneur est avec toi,
Tu es bénie d’entre toute les femmes,
Sainte Marie, pleine de grâces,
Le seigneur est avec toi
Maintenant et à l’heure de notre mort…
L’autre quand ils disent pleine de pécheurs… moi je ne peux pas dire ça, moi… ça ne me va pas du tout !
Celle là, est pleine de grâces… C’est en direct et tu as les mots justes !
J’aimais beaucoup Sœur Marguerite Marie, et quand j’ai fini mon apprentissage, je m’étais dit :
– J’aimerais bien la revoir…
Je crois que j’avais appris que Jolimont allait se fermer définitivement et par chance un jour je suis tombée dessus à Fribourg et elle m’a dit :
– Ah ben, ça me fait vraiment plaisir de vous voir…
– Alors on voulait vous dire que j’avais réussi mon apprentissage !
C’était quelque chose, après toutes ces années de galère…
C’est marrant parce que ces sœurs, elles passent comme ça dans ta vie et elles laissent des traces… Ces rencontres, c’étaient des pierres blanches !
Ça n’a été qu’une année, mais elles étaient pleinement là…
Toi, tu as eu des profs, où ça s’est passé comme ça ?
Tu vois, moi avec elle, je fais encore sa prière tous les jours… et quand je fais les secrets je fais toujours sa prière… Je la fais à sa manière à elle… Donc je suis toujours avec elle… Oui, j’ai emmené une partie d’elle avec moi…
Merci Gracias

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