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Me libérer, être moi !

<Enregistré le 27 Aout 2014 et le 13 Septembre 2016>

J’avais pris conscience depuis très petite, que ce cinéma que j’avais devant les yeux avec mes parents, où ça se cassait la figure, où c’était des drames, où ça gueulait tout le temps, où ça se tapait dessus… Que c’était une vision… Mais que tu pouvais avoir un autre cinéma, puisque j’avais mon cinéma propre dans mes rêves…
Mes rêves où je dansais dans la grande salle du buffet, où je devenais une grande danseuse… et aussi dehors quand je dansais sur les pierres, là-bas où je sautais, où j’imaginais…

Il y avait la compréhension que tout ça, c’était une autre façon de regarder les choses de la vie, que ce n’était pas réellement ça…

Finalement c’est comme si tu changeais l’angle de la caméra et que tu vois d’un autre point de vue…?
– Oui, je tourne… Je vois cette scène, et je me dis : Bon et bien… Pourquoi ils font ça comme ça ?

Je prends conscience que leurs caractères sont trop forts, que c’est là, mais que ce n’est pas ça, la vie…

Que tout ça c’était du cinéma, qui n’avait pas de sens…?
Oui, exactement… et avec la danse, je m’évadais… Je quittais ce monde violent pour entrer dans le mien, plein de douceurs.

C’était tout emballé, du moment que je dansais… et ça m’attirait dans tout un monde, parce que ça éclatait, peut-être que c’était ça…

  • Il fallait que je me libère, être libre…

Danser sans conventions, sans règles, sans tabous, ça me permettait d’extérioriser tout mon intérieur…

Chez nous, dans notre famille il y avait plein de règles, plein de machins tout était comme ci, comme ça… Tout était carré, ce n’était pas simple.

Donc quand je dansais, c’était Moi, uniquement Moi, et vos trucs, vos machins… Allez vous faire voir !

Je me libérais automatiquement quand je dansais… Alors après j’allais au « Navy club » les dimanches soirs.

Evidement ça donnait quelque chose de très particulier, de non conventionnel. Ça attirait l’attention, le fait d’avoir ce côté non conventionnel… Mais c’était un contexte où je pouvais lâcher, et ça attirait tout le monde, une petite nana qui se libère, tout le monde la repère…

La copine de Maman, lui avait raconté un lundi matin :
– Alors tu sais, le dimanche soir je vais au Navy club, pour m’amuser… Rien que de voir ta fille, qu’est ce que je peux m’amuser… Je me marre toute la soirée !
Je m’amuse rien qu’à la voir…

Elle ne bougeait pas, elle ne dansait pas, elle s’installait là pour boire un verre, et elle lui redisait :
– Je me suis de nouveau amusée hier soir, j’ai revu ta fille, t’aurais dû la voir… quelle phénomène ! (Rire)

…Elle s’était amusée.

Maman, quand elle me disait ça, je pensais qu’elle disait ça pour faire plaisir à Maman, qu’elle lui mettait un peu de lumière…
Mais non, finalement peut-être pas tant que ça.
C’était vrai, elle y allait pour s’amuser vraiment, rien que pour me regarder danser…

Avec ma fille, c’est vraiment une belle fille mais ça m’a toujours étonnée qu’avec elle il n’y avait rien qui se passait… Je me disais mais comment ça se fait ?
Je n’avais pas sa grandeur, je n’avais pas sa taille, pas sa beauté… Non, non rien de tout ça, et je me disais :
– Mais il n’y a rien ?
C’est plat, c’est tout ce qu’il y a de plus plat, il n’y a pas d’histoires, il n’y a pas de jeunesse ?

Moi, je n’ai pas fait une jeunesse comme mon frère ou ma sœur avec leurs fans, Claude François, ou Rolling Stones… Rien de tout ça, non… Mais éclatée, voilà… Eclatée, ça veut dire rire, m’amuser…

A cette époque, je n’étais pas beaucoup avec ma copine de l’école des cancres, elle était à Zürich… Mais cette période a été une période de grande libération, avec la danse.

Avec la danse ça toujours été une libération pour moi, puisque déjà quand j’étais enfant, quand mes parents se battaient, que tout le monde étaient dans un état pas possible, en catastrophe dans la maison, qu’on avait l’impression que c’était un tremblement de terre… et bien Moi je dansais sur les pavés et je m’imaginais danseuse, une grande danseuse, avec un grand public… J’allais dans la salle où ils faisaient la danse folklorique, et je dansais… et j’imaginais un public qui venait m’applaudir.

Je me souviens bien de l’exposition à Lausanne, lorsqu’ils m’ont emmenée, même s’ils ne prenaient pas les enfants avant 6 ans je crois, non avant 7 ans, avant qu’ils ne commencent l’école…
Mais moi je n’avais pas 6 ans, et ils m’avaient pris avec.

Pour la danse folklorique, j’avais pu y aller pour remplacer quelqu’un, j’était la plus petite de l’équipe, et je me souviens très bien dans ma tête que j’étais triste parce que il n’y avait personne de ma famille qui était venu…

C’était la première fois que je prenais conscience qu’il n’y avait pas, ni Papa ni Maman pour me regarder et qu’il n’y avait pas mon lit…

Voilà, mais j’étais contente parce que il y avait beaucoup de gens qui applaudissaient ! J’étais contente que les gens applaudissent, ça c’était quelque chose ! J’avais beaucoup beaucoup aimé qu’on m’applaudisse pour danser, c’était magnifique, ça avait été une très grande joie.

Mais j’avais pris conscience que, voilà chez les autres, leurs parents étaient autour, et que pour moi, il n’y avait pas de Papa, ni de Maman… Rien du tout et qu’il fallait m’en trouver un…

Donc j’avais décidé que celui qui allait s’occuper de moi c’était Bernard, il faisait partie de la Farandole des grands…

Il travaillait à la boulangerie et il venait souvent boire sa bière au buffet. J’étais très petite je devais avoir tout juste 5 ans et j’avais décidé que celui qui allait s’occuper de moi, ce serait Bernard…

Donc Bernard allait être mon point de repère tout le temps, c’est à dire :
Dormir dans ses bras, et que quand il y aurait quelque chose… il serait là. Que ce serait le papa pour ce petit moment à la danse folklorique, un papa de substitution.

Je trouvais qu’il était beau garçon, et je lui avais dit qu’il était beau et que quand je serais grande je me marierai avec lui !

J’avais décidé que je me marierai avec lui parce qu’il me plaisait beaucoup. Alors il était très heureux, bien sûr il m’avait ramené à la maison dans ses bras. Il était très heureux et au fur et à mesure que je grandissais, tu vois, je continuais de lui mettre mes bras autour du cou, car je le voyais régulièrement puisqu’il venait boire sa bière.

Je mettais mes bras autour du cou, et je lui disais, je me marierai avec toi Bernard, et quand je suis devenue un peu plus grande, il m’a dit : alors tu ne veux plus te marier avec moi, puisque tu veux te marier avec ton petit copain, le fils de la boulangerie ?

Après il a quitté la boulangerie… mais c’était très chou quand même.

Merci Gracias !

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