<Enregistré les 30 Aout 2014, 15 Septembre 2016 et 09 Octobre 2016>
Tu vois, faire sortir les enfants avec des policiers, alors que j’avais 13 ans… Mais heureusement que mon oncle leur a dit :
– Mais montrez moi la règle… Montrez moi la loi qui permet d’enlever les enfants de leurs parents comme ça… ?
Ce juge administratif qui avait pris la décision de séparer de force mes parents et de sortir les enfants par des policiers… Mais pour les mettre où ?
– Et ce juge ?
– Alors le juge, je l’avais vu une fois un soir en discothèque…
– Comment tu savais que c’était celui là ?
– Et bien celle qui travaillait comme barmaid, elle s’appelait Yolande, c’est elle qui m’avait dit que c’était le juge du tribunal.
On était au Navy Club, là où on allait danser le dimanche soir…
Je pense que j’avais 17-18 ans… 18 ans… Je crois que je ne l’avais pas poussé en bas de la chaise, parce que je n’avais pas encore mes 18 ans, et que je n’avais pas le droit d’y être…(Rire)
C’était pendant le temps que je faisais mon apprentissage de coiffure à Fribourg… C’était un dimanche soir, il était là, et il ne tenait pas sur sa chaise tellement ce qu’il était rond… !
Imagine dans quel état où il était. Il était au bar, au comptoir sur une chaise haute, à cheval sur le bar avec les bras croisés… et il ne tenait pas sur sa chaise tellement il était saoul. Il était affalé sur le bar, entre minuit une heure du matin… il était seul.
Alors quand je l’ai vu après qu’elle m’ait dit que c’était le juge du tribunal… j’avais envie de lui pousser sa chaise, juste de le pousser pour qu’il tombe… Tu lui mets un petit doigt, et il tombe tellement ce qu’il était rond.
Je me souviens je fichais des coups de pieds contre sa chaise… j’avais envie de lui cracher dessus, j’avais une de ces colères !
Je suis restée à côté de lui, et je gueulais à côté… mais il était tellement rond qu’il ne m’entendait pas…
Je me suis dit :
– Ah c’est ça qui a osé nous juger, et décider de notre enfance ? Un homme qui se respecte tellement, qui, en public… dans le village, est rond comme un boulon ?…Non mais c’est quoi ça ?!
Ça a changé ma vision de la vie, parce que je me suis dit :
– Comment ça se fait qu’un gaillard comme ça, un triste minable puisse décider de ta vie comme ça ?
De tout ton parcours, qu’il puisse couper ton enfance, décider de ta vie ? Ce n’est pas possible que ça soit ça, qui décide pour des enfants…
Il avait décidé pour nous tous, pour toute une famille…
C’était impensable quand même…!
Je me suis dit :
– Ben non ! Alors si la justice c’est ça, ben, oublie !
Regarde moi dans l’état où il est celui là !?
Je me suis rendue compte que ça n’avait pas de sens, que ça n’avait aucun sens…!
Pour moi ça devenait une histoire de fous, d’avoir vu Maman dans quels états elle avait été mise, d’avoir dû cacher son courrier, ses lettres le vendredi, jusqu’au lundi matin pour que le Week-End soit supportable à la maison… d’avoir vécu tous ces drames, vu toutes ses larmes, tous ses états d’être, tout ce mal-être, tous ces traumatismes ?
Imagine toi, on arrivait le vendredi, on sortait le courrier, et on le remettait le lundi parce que ça créait tellement d’histoire le Week-End… Toute notre adolescence c’était des histoires de courrier du divorce… Tu sais ce que ça veut dire ? Il n’y avait que ça !
Tout ça, parce que quelqu’un prenait de telles décisions et qui ne tenait même pas sur une chaise de bar… et qui s’affalait dans une discothèque en plein milieu du village en étant rond ?
C’était incompréhensible, que la société donne le pouvoir à quelqu’un comme ça…!
Alors là, le pouvoir tu oublies… plus jamais dans ta vie !
Plus personne ne me jugera, plus personne ne décidera sur ce que je fais… Alors ça non !
Alors ça, de bleu… ! Je vais balayer toutes vos règles et vos machins…
- Je serai seule juge à bord, juge de moi-même !
C’est pour ça que je ne suis pas devenue conventionnelle par la suite…

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