<Enregistré les 27 Octobre 2013 et 28 Aout 2014>
La Patronne de Fribourg m’avait dit qu’il y avait déjà trois de ses coiffeuses qui étaient parti là-bas, à Bern…
– Ben tiens, il recherche de nouveau des coiffeuses…
Elles tiennent trois mois, maximum six mois et il les fout dehors, ou alors il leur fait une telle vie qu’elles ne tiennent pas, et au bout de six mois elles partent… Ben voilà, encore une annonce !
Là-dessus je me suis dit :
– Bon bon… Et bien toi, tu vas devoir partir ! Tu devras chercher, et si tu n’a pas encore tout connu ici, la Patronne avec ses clefs, elle qui faisait trembler tout le monde, et au salon avec toutes ces hystériques…
Et bien il va falloir aller chercher plus loin… !
Alors je regarde bien là où elle regarde… Bon d’accord, je fais mine de rien, je suis la Patronne quand elle part dans le corridor mettre son journal à la réception et là, sur le comptoir elle pose dessus des trucs…
C’était juste en face des toilettes, parce qu’on n’osait pas prendre les journaux, hein… c’était juste pour les clients, notre place n’était pas là…
Et au moment où elle tourne le dos… tac, je t’arrache le journal, et je pars aux toilettes… Je prends en même temps, un crayon, du papier, et sur le siège des toilettes je réécris l’adresse de l’annonce, le numéro de téléphone, et là dans ma tête je me dis :
– Voilà tout se met en place, c’est là que je vais aller travailler !
Je me disais que si il y avait encore pire ailleurs que ce que j’avais déjà vécu, avec toute l’emprise qu’on avait eu sur moi, que je voulais voir ce que c’était…
Et ben je voulais y aller… Je voulais voir. Je voulais voir le maximum !
Parce qu’après ça, ce serait fini ! Je ne voulais plus me laisser dompter, ni diriger par ces gens qui me faisaient la loi et qui m’effrayaient, qui me terrorisaient, et qui me mettaient une emprise dans tous les sens.
Alors Je me suis dit, allons y !
Même si tu n’as pas fini ton apprentissage, ah oui ? Oui voilà…
Mais là-bas, ce sera Bern, tu auras ton papier, et tu vas dire… NON !
Parce qu’on me disait toujours :
– Ah mais, tais toi ! …Fais ton papier après tu discuteras !
Oui, fais ton papier, après on discutera. Alors je me suis dit :
– Oui, j’irai chez celui-là et j’aurai mon papier, et je discuterai !
Et si c’est quelqu’un qui fiche tout le monde dehors…?
Il parait que c’est un hystérique, qu’il fiche les brosses à la figure des gens… Et bien je me suis dit :
– Va chez celui-là, c’est chez personne d’autre que je dois aller.
Et quand j’allais partir à Bern pour l’entretien, Maman me dit :
– Mais moi, je veux venir avec toi…!
Alors là, je lui ai dit :
– Non, non… Je finirai mon papier, mais je vais discuter toute seule, maintenant !
J’ai ma place.
Je me souviens, quand il m’avait donné rendez-vous, c’était dans le restaurant juste en dessous du salon de coiffure… Alors je lui ai dit :
– Voilà… J’ai bien lu votre annonce, première coiffeuse à Bern, assistante à Bern et première coiffeuse au Palace, à Gstaad…
Et je rajoute :
Mais moi ce que j’aimerais surtout c’est d’aller comme première coiffeuse au Palace… à Gstaad, et que je venais de l’institut de Fribourg… de Fribourg…! (Rire)
Alors il me dit :
– Alors vous ! …Vous me plaisez !
On commence tout de suite… Vous finissez votre apprentissage tout de suite.
– Je finis le 1er Août à Fribourg…
– Alors vous commencez le 1er Août…
– Ah Non… Je commencerai le 1er Septembre, le mois d’août il est à moi…
– D’accord… le 1er Septembre !
Michelangelo, c’était le plus haut de Bern, et mon Père c’était aussi à Bern, qu’il avait été, tu vois…?
C’était le plus haut de Bern, et il avait aussi un salon au Palace de Gstaad… Il avait la totale, même s’il était fou !
Mais il transmettrait le maximum au niveau de la coiffure…
Si j’étais là, à trembler devant la Patronne de Fribourg, car on était tous terrorisés quand elle faisait aller ses clefs… et aussi par rapport à ce qu’elle était… Ce n’était jamais assez bien, comme les trucs de mon Père, jamais assez mouliné… Mais Michelangelo, c’était soi-disant encore plus, c’est pour ça que je voulais y aller…!
C’était le plafond… et je voulais voir ce que c’était « le pire »… car si avec les gens que j’avais vu jusqu’à maintenant, il y avait encore pire… Ben je voulais voir ce que c’était, le pire…
Je n’avais pas de limites, ça m’était égal, ce que je vivais. Mais je voulais y aller. Tu seras tranquille après…
Ah… On te dit que c’est encore pire ? Alors tu vas confronter le pire !
Tu n’as pas vu le pire jusqu’ici ? Mais alors c’est quand le pire ?
C’est où que ça s’arrête… ?
Pour savoir que finalement, l’enfance que j’avais vécue, ce n’était pas encore le pire…?
Tu vois, j’avais vu vivre la famille de notre boulanger d’enfance, comment c’était avec les petits pains, le confort, les machins… et là par rapport à ce que tu vis, on te dit… mais là encore, ce n’est rien…?
Tu n’as encore rien vu ? Mais alors va voir… Bon ok… alors tu vas y aller !
Tu vois, de partir à 13 ans… d’arriver au village dans l’état où on était… D’arriver au salon de Fribourg où la Patronne était un tyran et encore qu’elle te disait qu’il y avait encore pire ?
Je voulais continuer d’apprendre… Je ne finissais pas mon apprentissage, j’avais encore des choses à apprendre !
Je devais aller apprendre, pour comprendre et savoir…

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