<Enregistré le 14 Septembre 2016>
Michelangelo, c’était : « Je suis le chef d’orchestre », je prends des apprentis et je jongle…
Je ne prends que des assistantes, parce qu’il n’y a justement que moi qui y gagne et il n’y a personne qui partira du salon de coiffure, car je tiens tous les clients, je mets tout à disposition pour avoir un monde fou, mais c’est moi qui tiens l’orchestre, la fanfare…
Ouais, il jouait la musique, comme ça je mets tout le monde en ordre, et tout le monde disait qu’il avait un ego… Pfuuuiiiiitt (elle siffle)
Voilà…
– Ses marionnettes à côté tout autour…
– Oui, tout autour… C’est moi qui jongle, comme je veux, et comme ça je tiens tout le monde. Ils peuvent partir comme ils veulent…
Et au bout d’un moment, je te fiche les brosses à la figure et je te mets dehors ! On en reprend et en fin de compte, tout reste là, chez moi.
Seul maître à bord…!
Il ne perd jamais ses clientes… Si je perds quelque chose, je perds par rapport à moi, mais comme je suis le Maître, le Dieu… Tous ces clients que je vais toucher et à qui j’ai tiré les cheveux en avant en arrière…
Parce que quand il coupait les cheveux, c’était comme ça et Tac, il te poussait la tête en avant… et Toc, en arrière, et Tac, sur le côté…
Quand il poussait, bien sûr il y avait des clients qui disaient :
– Haaaouuille… Rafou…!
Il y avait une intime qui disait :
– Rafi… Rafou…!?
Elle se permettait parce qu’elle croyait qu’elle était dans l’intime avec « Marche Meu bé ito »…
Oui, les moments quand il était de mauvais humeur, ou comme ça quand ça lui prenait… Il pensait qu’il avait tout les droits.
Oui, c’était lui… D’ailleurs c’est vrai, moi j’ai pris aussi modèle, exemple sur lui… En travaillant avec lui, ça devenait comme ça… Ça donnait la même chose !
Tu vois, normalement les gens coupent toujours les cheveux assis… Moi à Gstaad et même par la suite dans mon salon de coiffure, je ne me suis jamais gênée, si ma position n’était pas confortable, de les mettre debout ou de les mettre comme ça m’arrangeait…
Si c’était plus à mon confort et que je devais me baisser ou comme ça… je te les mets debout !
– Ah ? …tu mettais debout les clients ?
– Oui…
– Ah bon…
– Avec Michelangelo, c’était comme ça… Tu mettais les clients à ton confort… Ils suivaient ton confort pour que tu puisses faire leur coupe de cheveux !
– Ah j’avais jamais vu ça…
– Ah, mais avec Michelangelo c’était comme ça… Et moi quand je suis partie de chez lui, et bien c’était comme ça aussi. Les gens je les mettais debout, même dans mon salon de coiffure. Si à ma convenance c’était mieux comme ça, je les faisais se lever. Je ne me suis jamais gênée, c’était devenue quelque chose qui était innée, tout à fait normale…
– Et la fois où il a mis le drap rose sur les cheveux de la cliente, il s’était passé quoi ?
– Ah c’est à dire que c’était une cliente qui voulait une coupe de cheveux, pffffff… vieillotte, hein…!
Alors que nous on faisait… tu vois quand j’ai fait mon apprentissage c’était le début des brushing, c’était le tout, tout début.
C’était révolutionnaire !
Alors quand je suis arrivée à Bern, trois ans après, lui les bigoudis ça n’existait plus, juste de temps en temps sur les américaines…
Et voilà… alors quand il y avait un trou on les prenait pour faire des rentrées dans la caisse. Autrement on ne voulait pas cette clientèle là…
Et Il fallait déjà qu’elle vienne du Palace, son autre salon, autrement niet..
Mais cette fois là, c’était vraiment quand il avait ses jours à lui et qu’il disait :
– Oh non, mais là c’est trop maintenant… Je ne peux plus !
Oui, des fois il y a des clients… ce n’est pas possible !
Alors il disait.. :
Ici on ne fait que ça… On ne fait que des brushing, on est dans l’avant-garde, on est révolutionnaire, et on ne peut pas perdre notre temps à faire des machins comme ça, des bigoudis…!
Et que la cliente se permette d’émettre encore des idées sur sa coiffure…?
Parce que ça arrivait qu’il pose la question sur ce qu’ils voulaient, mais normalement il ne posait même pas la question…
- Il décidait, un point c’est tout !
Et cette fois là, Michelangelo avait décidé… Et celle-là, elle voulait décider sur ses boucles, comment elle les voulait et tout…
Et lui… Va te faire voir, hein…!
Evidement, c’était un jour où il ne fallait pas le chauffer… Un jour qu’il avait sa mèche en avant et qu’il était en colère… Elle l’a énervé parce qu’elle avait osé, et qu’elle montrait que ma foi, elle payait… hein !?
Qu’elle était cliente et que c’était elle qui allait décider…
Et bien, il a pris le linge, il lui a mis dessus… et il a dit :
– Bon ben…
Il a noué le linge comme il faut, il faisait froid c’était en hiver.
Il a bien noué comme il faut sur la tête de la cliente… et il lui a dit :
– Il y a un coiffeur en bas… pour la petite clientèle, pour les gens du coin… Moi ici, je ne suis pas le coiffeur du coin, hein !
- Je suis Michelangelo… Chez moi, on ne décide pas comme ça !
Et il l’a foutue dehors…
Il parait qu’il y avait beaucoup de clientes à qui il avait fait pareil quand il a commencé… qu’il en avait foutues beaucoup dehors…
Il disait en plus :
– Je vous offre le linge… parce que j’ai souci que vous preniez froid. Mais vous n’avez qu’à descendre, et vous sortez, c’est juste là derrière…
Là… Galexy… et il montrait la rue encore… là-bas… Venez voir par la fenêtre, là… là-bas… Vous descendez juste là, vous tournez, et c’est là dans la rue suivante.
– Ça devait jaser dans Bern… et le coiffeur d’à côté qui les récupérait, il devait se marrer… non ? Et pour les clientes qui étaient acceptées chez Michelangelo, c’était quelque chose, elles le valaient bien…
– Oui, exactement… Ce qui fait qu’il n’avait plus que les gens qui étaient directeur de machin, qui étaient dans la haute… Il n’avait que du grand monde, que des gens friqués… Mais les gens qui avaient un salaire normal…
Tu penses même maintenant… Mais à l’époque déjà une permanente ça coutait 170.00 Francs chez lui, tu peux t’imaginer…!?

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