<Enregistré en 2014>
A cette époque, il y en avait deux qui me traçaient derrière quand je prenais le train pour aller à Bern… Alors un était de notre village, c’était l’ingénieur d’une trentaine d’année… Je devais avoir 20 ans, je travaillais à Bern chez Michelangelo…
Tu vois un homme de 32 ans qui rentrait pour toi, tu as l’impression que c’était un vieux qui te faisait la chasse… Il me cherchait partout, quand je rentrais de Bern, il attendait pour voir dans quel wagon j’allais…
– Ah mais quel cirque !
Et quand j’arrivais pour ma correspondance, il y avait encore l’autre qui rentrait… Un débat pas possible. Bien sûr, le matin j’arrivais à la dernière pour qu’il soit rentré dans le train avant moi…
Et ce matin là, j’étais vraiment en retard… Les barrières sur la route étaient descendues, et moi j’étais encore sur la route, je devais encore traverser le passage à niveau pour aller à la gare…
J’étais derrière la barrière, chose qui ne m’était jamais arrivée… Normalement là, je loupais le train… Le train était en train de démarrer mais le conducteur m’avait vu au loin, alors il a directement freiné et m’a fait signe depuis sa cabine, qu’il fallait que je passe dessous la barrière et qu’il fallait venir…
Il s’était arrêté devant le passage à niveau pour moi…!
Il m’a laissé faire le tour de la loco…et il m’a ouvert la porte de la locomotive pour monter…
– Monter vite… qu’il m’a dit.
Ah, et bien ce matin, vous avez eu chaud !
Après il avait toujours des Mars et des Snicks…
– Je parie que vous n’avez pas eu le temps de déjeuner…
– Non, pas ce matin… Je suis vraiment désolée, et je suis repartie encore en plus avec un Mars…(Rire)
– Encore un qui était amoureux !
– Je n’en sais rien… Mais en tout cas celui là, il était très gentil…
C’était le conducteur, il me voyait tous les matins arriver…
– C’était incroyable… (Rire)
Donc arrivée à ma correspondance, et bien, je suis descendue pour changer de train, et c’était de nouveau le débat avec l’autre…
Puisqu’il y en avait encore un là qui partait sur Bern !
Alors moi mon truc, c’était de les semer… C’était soit je prenais le train qui suivait, selon comment je sentais… et puis des fois j’attendais le train Express. Celui qui arrivait 15 ou 20 minutes plus tard.
Je restais dans la gare, parce qu’ils arrivaient presqu’en même temps à Bern, peut-être à quelques minutes de différence…
Mais au moins je les avais semés. (Rire)
– Mais qu’est ce que ça te faisait de te sentir suivi comme ça ?
– Et bien, c’est oppressant… Surtout que moi, en étant enfant j’avais eu des choses pas trop légères… Donc de me faire resuivre encore après et de ressentir ces hommes qui te poursuivaient, ce n’était pas rassurant, hein !
Pas rassurant du tout… Mais tu veux faire quoi ?

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