<Enregistré le 03 Décembre 2016>
Michelangelo avait décidé de m’envoyer en Angleterre pour suivre un cours de coiffure… Je ne sais plus pourquoi exactement, mais c’était encore une histoire de fous.
Il m’avait dit que le cours était à côté de l’aéroport, et en fait l’hôtel était à 40 km… et je devais encore faire 20 kilomètres depuis l’hôtel pour aller au cours…
Enfin, une histoire totalement décousue, je devais partir le soir à 9 heures mais l’avion n’est partie qu’à 11 heures du soir… Ce qui fait que je suis arrivée à 1 heure du matin…
Alors bien sûr, là-bas, tout était fermé à l’aéroport…
Plus personne, mon hôtel était à 40 kilomètres, tu vois ce que j’ai dormi… !?
Je n’avais pas de réveil, en plus de ça, il fallait encore y aller…
Finalement, j’ai quand même trouvé un taxi qui a bien voulu m’emmener et j’ai quand même réussi à me faire comprendre, moi qui ne connaissais ni le suisse allemand, alors encore moins l’anglais !
Le lendemain matin, je ne t’explique pas quand j’ai demandé comment y aller… Vous allez à telle et telle place, vous prenez tel et tel bus… et patati et patata… Une galère, pour aller là-bas…
Je sors du bus, partout où j’allais, il n’y avait que des bus… à gauche, à droite, il n’y avait que ça, tu peux dire… des bus à l’infini !
Il pleuvait, un temps de cochon, du brouillard, un temps complètement pourri… Finalement, je me souviendrai toujours, je vois un grand gaillard, chapeau noir, pantalon noir, tout en noir, je lui montre mon adresse et je lui demande dans quelle direction c’est… Il me dit :
– Oh là là ! …Come on, come on ! Viens.. viens…
Et il est venu me déposer juste devant l’école, et je suis arrivée à l’école à l’heure…
Encore une pierre blanche… Enfin, elle était habillée tout en noir, celle-là…!
Mais après il fallait revenir le soir à l’hôtel !
Comme Michelangelo m’avait payé l’avion et l’école, mais qu’il ne me payait pas l’hôtel… J’ai demandé combien coûtait l’hôtel, et je me suis dit :
– Oh, je ne peux pas rester à l’hôtel, trop cher !
Donc je me suis renseignée auprès des autres, je suis allée parler de gauche et de droite jusqu’à ce qu’on me dise qu’il y avait à l’université des chambres qui étaient libres… L’université était en accord, qu’ils me loueraient certainement une chambre pour la semaine…
Alors le même soir, je suis encore allée visiter là-bas, et ils mont expliqué… :
– C’est pas trop loin, c’est ci, c’est ça, bon…
L’université, tout le monde connait… hein !
Puis je devais retrouver mon hôtel, liquider ma chambre pour le lendemain… Ça veut dire que le lendemain matin je suis partie avec les valises à l’école… pour déménager le soir.
C’était Pierre Alexandre qui donnait les cours. Il parlait le suisse allemand mais pas le français… Il s’en sortait en suisse allemand mais pas en français… Donc ce n’était pas évident de s’en sortir avec lui non plus !
Il m’a demandé comment ça allait, et moi je lui ai dit…
– Tu n’as rien pour manger…?
Et c’est lui qui m’a invitée pour aller manger le mercredi soir… On est allé manger justement indien et c’était la première fois que je mangeais bien…
La semaine, le mardi j’ai déménagé à l’université. Le mercredi je suis allée manger avec Pierre Alexandre, il y avait encore le jeudi et le vendredi, et je suis rentrée le samedi ou le dimanche…
Quel summum, je ne t’explique pas !
Trois quatre mois après, il est venu présenter des cours de coiffure à Bern… Tu vois, chaque année il y avait des expositions, c’est lui qui était venu…
Il faisait les mèches justement avec l’appareil où tu tirais les mèches, tu mettais le produit, et hop…
Comme j’avais découvert ça chez lui, que j’avais fait ça avec lui, sur scène… alors j’avais fait les présentations pour montrer comment utiliser le produit et ce que j’avais surtout appris chez lui…
Lui, il avait travaillé sur le haut, sur le podium, et moi j’avais travaillé sur le bas.
Oui, là ça avait été très bien… Mais avec Michelangelo, lui qui avait la trouille comme ce n’est pas possible de l’avion, il m’avait envoyé là-bas toute seule… Alors que c’était la première fois que je prenais l’avion et qui ne parlait pas un mot d’anglais… Fallait le faire !
Alors que lui, il était parti une fois au Kenya, et pour partir au Kenya, il s’était pris une cuite avant pour pouvoir prendre l’avion… Il avait une trouille en avion !
Derrière son côté excentrique, il était autant stressé et angoissé que moi… Il était autant à vif, c’est drôle hein…!?
Oh qu’est ce qu’il était… Oui, je crois que c’était parce qu’on se ressemblait…
Il avait ce côté complètement, celui des enfants blessés… un côté qui montrait qu’on avait la même sensibilité et qu’on était à cran…
C’est drôle, mais avec lui chaque fois que tu vivais quelque chose c’était une aventure !
Mais même, s’il passait pour quelqu’un de complètement siphonné, il avait une belle sensibilité… Il nous invitait dans les restaurants à Bern une fois par année à Noël pour nous faire découvrir différentes choses à Bern… Il avait envie de nous transmettre, il avait quelque chose, c’était pas le truc horrible qu’on aurait pu croire !
Mais il se marrait toujours quand il me sentait à vif, et comme il l’était lui même, ça résonnait très fort !
Alors quand on était allé aux Diablerets, je ne sais pas celui qui s’accrochait le plus à l’autre sur le glacier… ! (Rire)
– Vous étiez des artistes, c’est pour ça…
– Oui, il m’avait dit… Justement quand il me voyait comme ça, face à mes règles… que je te putze, que je t’astiquais les machins…
Avant mes règles c’était comme ça, et pendant mes règles, quand il arrivait s’il me disait un mot, je le regardais et je disais :
– Ça suffit maintenant !
Et j’avais les larmes qui coulaient, je pleurais…
Alors il me disait :
– Non non… Je ne vous dis plus rien aujourd’hui…
Il avait la trouille que je m’en aille…
J’arrivais, il me disait :
– Oh… Isabelle ?… Aujourd’hui vous avez les règles, aujourd’hui ?
– Oui !
– J’ai bien pensé… Parce que ces jours ci, quand je vous ai vu prendre ici, les machins et tout retourner…
Il savait… alors il me disait :
– Non non, pas de souci… C’est tout à fait normal.
Les artistes, on est comme ça !
Alors il était tout à fait d’accord, il acceptait.
– C’est tout à fait, aussi ma façon d’être… qu’il me disait.
Il avait aussi compris que moi aussi j’étais « Tchouuuuc »…(Rire)
Alors là, je peux te dire (Rire) je lui en ai montré des bonnes, hein !

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